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Lundi 20 Juillet 2009
|  | Le journal d'une fiotte virile 5
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Il y a quelque chose étrange par rapport à cette ville. Somme d'excès, de contraste et de passions exacerbées, elle concentre des polarisations, de la vilénie, un certain élement de saleté mais aussi, parfois, une brillance inédite, un je ne sais-quoi qui te fait dire, il y a casa et le reste du Maroc.
Moi j'y ai vécu presque vingts ans de ma vie. Je m'y suis construis. Quand j'y suis arrivé, encasrté dans ma petite mentalité provinciale de petit bourgeois, j'ai été frappé de plein fouet par mille choses contradictoires. J'ai du me socialiser en son sein, comprendre ses nuances, apprendre à composer avec ces tares et à boire de son suc.
L'apprentissage a été rude, très rude. Je venais d'une ville ou le calme faisait office de religion, ou la bonhomie des passants rivalisait avec la courtoisie des préposés aux administrations. Il y régnait une ambiance morne, l'existence se déclinait en un mélange de routine et de convenances. Un air de communauté de destin semblait flotter sur les toits de ces maisons en entonnant des vers d'un confort mielleux.
Les amis y étaient plus fidèles, moins hargneux, très peu porté sur les vicissitudes de l'envie, de l'ambition. Nous voguions dans une volupté de l'être presque insaisissable et l'avenir ne portait en lui aucune germe d'angoisse, aucun filament d'inquiètude.
En quittant Rabat, j'ai connu une autre réalité, un Modus vivendi trempé dans l'argile de la rapidité et de la violence. J'ai du composer avec cette nouvelle donne. D'une manière ou d'une autre, je me suis adapté. Enfin, jusqu'à peu près six mois, j'ai tenu, persisté. A présent, ma résistance est à bout. Envie de partir, de voguer aux loins, de Revenir à Rabat, de prendre un petit appartement, de trouver une place douillette dans les méandres naphtaliné d'une administration préhistoirque. Envie de me fondre dans la condition molle et grasse de l'apparatchik de base, donner du temps au temps, oublier les objectifs annuels, les performances, les projets, les présentations, les bilans, les chiffres, les évaluations, les CV, la hiérarchie, envie de rédiger des PV de réunion pour me qu'on encense la beauté de mon style. Envie d'un peu de reconnaissance, d'une bonne tape sur le dos, d'un sourire empli de fierté.
La nuit, souvent, lorsque les tempes battent et le coeur s'emballe sous l'effet d'un enivrement intégral, je marche . J'arpente les rues du Maarif pour évacuer de la mauvaise énergie, pour transpirer, me fatiguer afin qu'ensuite, mon corps s'étende, enseveli sous les vertus salvatrices de l'engourdissement. En général, le sommeil qui s'ensuit est inestimable.
Mes errements dans les tréfonds de la nuit s'assimilent peut être à une fuite en avant et je n'y peux rien. Je goûte aux viscères de la nuit les sens en éveil et le cerveau en semi-catatonie. Je ne veux rien de plus que me perdre, oublier d'ou je viens, de déraciner pour de bon, ne faire qu'un avec les odeurs perfides de cettes villes, mélange de déjections animales et humaines, de fritures, de poissons avariés, d'haleines fétides, d'engogements d'egouts, de jus de dêchets. Une fabrique de puanteur, je vis dans une fabrique de puanteur. Les silhouettes que je croise dans ma marche aveugle et uniforme, sont souffreteuses, rachitiques, cabossées. De la maladroitesse des membres, ces créatures nocturnes ont fait un karma. Une horde de pauvres diables aux corps décharnés, embaumés dans d'abjectes haillons, s'adossant à des murs, luttant contre la gravité. De vieilles peaux difformes à la poitirine forte et affaissée m'apostrophent pour des pièces. Portant les fruits de leurs entrailles sur le dos, elles s'acheminent je ne sais ou, une clairière peut être, un foyer pour mutilés du destin. Une insupportable laideur se dégage de la nuit. Les bonnes gens dorment, se reposent. Les Actifs rechargent leurs batteries, ils devront produire le lendemain et pour certains, sommeiller au fond d'un fauteuil devant une vidéo après s'être répandu en instructions envers une poignée d'exploités.
Cette ville manque d'humour.
Au détour d'une allée, un bar .
A l'intérieur, des déchirés de la vie boivent leur présent bercés par des rythmes de chaabi saccadés. Des vestes en velous violettes, des casquettes Shell à toile, des pantalons en flanelles, des souliers rognés par l'usure et la boue, des visages creusés pas le temps, meurtris par l'ouvrage, un festival de machoires osseuses, de corps malingres, des ventres enflés par la mauvaise bière, des dents cariés par de la nourriture hasardeuses et des jeûnes prolongés, des teints vermeils, jaunies par les exhalaisons de fumée de pot d'echappement, de cigarettes, des existences brûlés aux feux de lampes à gaz, des démarches frêles, des moustaches rassis, des oeils débordants sur leurs orbites, un fatras d'âmes en peines luttant pour le droit au malheur et à l'exploitation. Je ne vois aucune cupidité dans ces coquilles d'hommes futiles, je vois de la déstruction, une dévastation massive, des épaves rejetées sur le large de la Dolce vita, un requiem de gémissements et de complaintes. Sur les tables, les bouteilles vides se multiplient. Je commande une Stork et me trouve un tabouret à l'extrémité du comptoir. Une Rombière me déposse une soucoupe d'olives noirs percées de cure-dents. Sans un mot, je bois Stork sur Stork. Les ombres fantomatiques dansent sur leurs boucan de darbouka et de violons et moi, je les regarde, ils ont l'air heureux, quelle incohérence me dis-je pour finalement me résigner à ce principe de joie indécrottable.
Oui, ils dansent parce que ne pas danser serait plus terrible. Peut être devrais-je m'y mettre ? Je le considère sérieusement avant de laisser s'échapper l'idée dans un soupir. Nul ne peux lutter contre ses conditionnements d'enfance. Dans ma culture, on ne danse pas, on encaisse son mal en silence, on prend un verre, on se triture les tempes, on grille deux paquets de cigarettes, on remballe et on recommence le lendemain. C'est ce que je fais depuis le mois de Janvier , c'est ce que je persisterais à faire tant que cette étincelle de renaissance peine à signaler sa présence.
Je me demande ce qu'Ali doit faire. Je sais qu'il ne dort pas, son horloge biologique comme la mienne est bousillé par l'inactivité. Je l'appelle. Il répond. Il me dit regarder la rediffusion d'un Match du Mundial 86 sur Arriyadia. Notre conversation dure moins d'une minute mais il trouve le moyen de me faire remarquer ceci : " Putain, j'ai plus de clopes". On peut tenir un ami par les clopes, voila une vérité essentielle de l'agencement social. Peut-il venir me chercher ? Il accepte.
Une demi-heure plus tard, il fait son entrée dans ce bar miteux, je vois son buste en manque de dévellopement masculin accomplir une traversée houleuse entre les tables bruyantes et agitées.
Je m'adosse sur lui pour acquérir un semblant d'équilibre.
En rentrant, nous faisons un détour par Select. Il s'achète des lights et moi une bouteille de Ain Saiss pour la gueule de bois, un M&M's et deux revues, Marianne et Maroc Hebdo.
En me déposant, il me fait : Ca va mal, très mal, je pense que je vais devoir quitter mon appartement, je ne peux plus payer le loyer.
- Et tu irais ou ? m'enquièrs-je les yeux à demi fermés
- Aucune idée vieux, aucune idée.
Sur le coup, je ne sais pas ce qui me prend, un élan soudain de commisération pour cette pauvre victime du mondialisme mondialisée, du sectarisme intellectuel et de la séchersse opportunistique. Il est comme moi me dis-je, il est comme moi.
- Bah Venez vivre chez moi, y a de la place, on fera comme on pourra.
Un silence tombal s'installe, une appréhension, le sentiment d'en avoir trop dit, de m'être engagé sur une truc impossible.
- T'es vraiment un frère dit-il, plus qu'un frère.
Il y a deux heures, j'ai cru ne plus pouvoir sombrer davantage dans la mouise. Je me trompais. Demain est un autre jour. On verra...on verra bien.
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| | Rédigé par Reda Dalil le Lundi 20 Juillet 2009 à 10:46 | Permalien | Commentaires (0) |
Dimanche 19 Juillet 2009
|  | Le journal d'une fiotte virile 4
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Ali m'a littéralement traîné dans ce café pour me pourrir la tête à coups de mièvreries. Il narre la larmichette à l'oeil ce que sa vie aurait été sans la crise.
- J'aurais un poste d'Executive VP pleure-t-il, et là j'ai même plus de quoi scolariser ma fille.
Oui d'accord Ali, c'est simpa tout ça. J'ai vraiment envie de lui donner des conseils. Il pourrait par exemple capitaliser sur son histoire, la rendre bankable. Elle a le potentiel de faire pleurer dans les chaumières. Un jeune homme brillant fauché dans sa trajectoire par un accident de la vie, somme confuse de mauvaises décisions et d'aléas conjoncturelles. Une double victime, le martyr de la connerie et de l'économie. En grossissant un peu le trait, il se pourrait qu'il détienne de l'or en barre. Pas besoin d'être écrivain pour torcher sa biographie. Je peux même lui proposer de la lui rédiger, lui faire office de nègre. Et pourquoi pas après tout, ça m'évitera de m'ennuyer. Mais...non, en fin de compte, son parcours me sort déja par les trous du nez, je me le suis tapé huit heures par jours pendant six mois, j'en connais toute les inflexions, toutes les tournures, les petites attitudes qu'il prend pour dire " Valoriser" , " Bouhou, on ne valorise pas mes dîplomes dans ce pays...bouhou...Je ne suis pas fait pour ce pays" . Bah alors, pourquoi t'a rappliqué, fallait rester blotti sous les cocotier de Jumeira city mon vieux. Le soleil est plus clément dans le moyen-orien me raconte-t-on, quitte à calciner ta peaux d'ultra-violets autant le faire au pied de Borj-el-Arab.
Il m'exaspère, mais je le supporte parce que j'ai de la tendresse pour lui. Il fût un temps ou c'était un peu mon distributeur de cash personnel. A l'époque, je venais de finir la Fac, j'avais pas un rond-en-poche et mon expérience des entretiens était aussi inexistante que ma connaissance du sexe. Du coup, il a invité, il a prêté sa caisse, il a acheté des paquets de clopes, le tout sans y être obligé . Il l'a fait de gaieté de coeur et vu qu'aujourd'hui, je ne suis pas précisement en état de lui renvoyer l'ascenseur financièrement, je compense en écoutant ses gémissements.
Depuis qu'il s'est transformé en mur des lamentations, il a acquis une dimension tragique, presque shakespearienne, sa femme ne supporte pas sa mère, il ne supporte pas sa mère, sa mère ne le blaire pas, sa fille lui casse les burnes. Du conflit, toujours du conflit rien que du conflit. En l'absence de pognon, les sensibilités sont à fleurs de peau, on déteste, voila ce qu'on fait. L'amour est-il possible sans son némésis naturel, l'argent ? Hum ! Peut être pas après tout. Choisir entre le matériel et le sentiment, n'est ce point là un dilemme débile ? Assurèment très cher !
Alors Ali s'épanche pendant des heures. Il a les moyens de faire une OPA sauvage sur Jean-luc delastreet, y a de quoi se consitituer un contenu biquotidien pendant une année entière.
Il fait chaud bon Dieu.
Il me vient à l'esprit que je dois faire peine à voir. Bermuda, T-shirt, babouches, une posture affallée, les doigts croisées au dessus de mon ventre, les jambes lègerement fléchies, des Wayfarer me servant de cache-misère, de feuille de vigne en fait, parce que moi ma nudité est inscrite sur mes yeux. Je les ai creusés, cernés, injectés de sang, fantomatiques. Je n'ai qu'une seule envie : Une mousse.
- Ali demande-je, tu veux pas qu'on monte un business ensemble ?
- Et tu voudrais faire quoi ? réponds-t-il
- Bah j'en sais rien, c'est toi le commercial. T'as aucune idée ?
- Non dit-il, pas vraiment.
Ceci sera mon unique collaboration au soliloque d'Ali. Dans cinq minutes, le rouleau compresseur reprendra du service.
D'Habitude, quand on est dans la mouise, le jour ou un bienfaiteur vous mets du blé entre les mains, ce blé, on le cajole, on en tombe amoureux, on en prend soin, on sort un registre, on fait un budget, on gère, on traque ses dépenses, on comptabilise ses centimes. Pourtant, Ali va flamber tout ce qu'on lui refile. Tu lui avances 300 Balles, il va emmenèr sa famille au Mcdo, va s'acheter des Marlboros, il va aller aux frères gourmets pour te commander un Sorbet à 45 Dhs, et Ping, en une journée, il siffle tout ce qu'il a. Le lendemain, je le retrouve aussi fauché que l'avant veille. Et de ses yeux rabougries, la mine éplorée, les joues creuses, il semble vouloir me transmettre un message, il fait de la télépathie : " J'en veux encore, un peu plus, et je te jure de plus t'embêter, plus jamais, j'ai merdé hier, je me suis lâché...mais c'est à cause de ma femme, elle a des besoins tu vois..." Je reçois deux flux d'informations, l'un conscient en ses discours barbants et l'autre infra-conscient en sa prose télékinésique. J'en fais une saturation sensorielle. Seul moyen de recouvrer mes neurones : Le dépanner. Alors, je le dépanne, mais comme dans l'histoire, c'est moi le bailleur de fonds, je fixe l'étendue de ma générosié.
Aujourd'hui, il aura 20 Dhs. Cependant, je me coltine aussi le café, les clopes, les 50 Dhs d'essence réglementaires quand il vient me récupèrer. Le bougre commence à me coûter cher. Environ 100 balles la journée. Avec ça, il y a peut être moyen de se payer un psy ou une prostituée, les deux remplissant à peu près le même rôle.
Pourtant, Ali dispose d'une necessité importante. Il est plus à plaindre que moi. Je le dis souvent, en présence de pire que soi, on se sent mieux. La relativité à l'echelle humain. Ses récits à la causette, me font respirer, nulle séquelle morale n'en découle, juste de la consolation, du réconfort et plus il se répand en doléances, plus mon espoir en l'avenir est grand, plus son horizon se bouche, plus le mien s'élargit...Non, à vrai dire, il ne me coûte pas si cher que ça. Mieux encore, en tant que compagnon d'infortune, je n'ai nullement besoin de la ramener devant lui, je peux tranquillement vivre mon malaise, le promener comme un chien en laisse par une après-midi de printemps, dissèquer mon mal, tenter de me l'expliquer, l'injustice de la vie, enfin, la morbidité à l'état pur.
Mais là, j'ai une furieuse envie de rentrer. J'ai une caisse de Kronebourg qui m'attend sagement chez moi et, depuis quelques minutes, je l'entends qui me parle, elle me chante un refrain de Brel " ne me quitte pas, moi je t'offrirais..." . T'inquiètes ma belle, juste le temps de règler le capuccino de peau de chagrin, mon expresso et je suis à toi.
- Bon on y vas dis-je ?
- Dèja ?
- Ouais fais-je me levant, j'ai à faire.
Devant mon immeuble, je m'amuse à jouer une petite comédie. Je sors de sa petite Lancer violette aux vitres coincés en lui lâchant un " Bon allez à toute !" cruellement succint. Du coin de l'oiel, je capte son visage torturé par la douleur, il tousseaute, malaxe son volant, il est mal, très mal. Je le laisse mariner dans l'expectative quelques secondes avant de me donner une grande tape sur le front : " Désolé mec...euh...attends un peu". Je fouille dans mes poches et fait mine de ne rien trouver, ensuite, dans un mouvement lent et solennel, je lui tends le billet de vingt. Il revit.
Dans le hall, je croise mon proprio. Quarante ans, petit mais mince, chemise ouverte, torse velue, un visage excessivement large enfermant des organes excessivement condensés. Les yeux, le nez, la bouche luttent pour un périmètre minuscule laissant des pans entiers de peau inusités. Assez gotesque à vrai dire.
- Alors ces recherches s'amuse-t-il , ça avance un peu ?
- Bof fais-je ne m'arrêtant même pas pour parler.
- Vous êtes un type correct Monsieur Daliq, très réglo, le loyer toujours reglé à l'heure. Non il n'y a rien à dire, vous êtres très correct.
Il fait de la prévention et je le comprends. Son petit doigt lui dit que ma supposée correction ne durera pas longtemps, alors il me conditionne comme ça à chaque fois qu'on se tombe dessus. Cause toujours me dis-je, si dans deux semaines, je n'émarge pas en bas d'un contract, ton loyer tu pourras toujours te gratter pour le toucher. je n'ai nulle part ou aller, du coup, dans le cas d'une facheuse prolongation d'oisiveté, je compte prendre racine au moins pour quelques mois. On verra si d'ici là sa bonhomie persistera. Heureusement que j'ai affaire à un nabot, une petite claque, et pouf, il clopinera vers sa niche comme un chien apeuré.
Bien : Kro , à nous deux ma grande.
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| | Rédigé par Reda Dalil le Dimanche 19 Juillet 2009 à 15:34 | Permalien | Commentaires (0) |
Samedi 18 Juillet 2009
|  | Le journal d'une fiotte virile 3
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Quel est l'objectif de tout homme qui se respecte dans ce bas monde ? Personnellement, c'est très simple, je crois qu'un job, une caisse, un appart à son nom et une femme feraient l'affaire. Oui, ça va, avoir tout ça est un bon début.
Mon petit problème à moi, c'est qu'à trente ans je n'ai rien de tout ça. J'ai l'impression de recommencer dans la vie. Autant c'est plaisant de jouer au jeune premier, le mec qui débute des étoiles pleins les yeux, un tapis d'ambition lui servant de GPS, autant ça me les scies d'avoir stupidement brûlé les huit dernières années de ma vie.
Mierda, j'aurais du faire plus attention, peut être mettre un peu de blé dans un matelas, faire la " peau" quoi ! Sauf que, c'est pas dans mon génome de faire dans les demi-mesures. Genre, quans je sors, je sors. Mes soirées aux pubs, enfin ce qu'il en fût, n'étaient pretexte qu'à tester ma résistante à la tentation. Oh oui, j'y allais, une bonne mentalité bien de chez nous rivée sur les épaules. J'y allais en clair pour trouer mes poches. Si, vers les premières lueurs de l'aube, en titubant vers la sortie d'une boîte, je sentais un cliquetis de pièces ou pire, un froisement de billets dans mes vêtements, je déprimais. Oui, c'est ça, je pouvais déprimer. Fallait qu'en rentrant chez moi à 6 heures du mat, j'ais plus rien, pas un Kopeck, c'était ma définition d'une sortie réussie. Flamber le fruit de semaines entières de diaporamas et de tableaux excels, voila qui me revigorait. Je pouvais attaquer le lundi avec un sens du devoir avec une mission bien défnie : Gagner de quoi re-flmaber le weekend D'après.
Huit ans plus tard, hum, je commence, comme qui dirais, à mettre en doute la viabilité ce cette théorie. Une petit épargne m'aurait permis de survivre un peu plus longtemps. Or, là, maintenant, selon mes calculs ( Oh Dieu, faites que je me trompe), j'en ai encore pour deux semaines grand max. Ensuite, le flou artistique, le trou noir, rien, aucune visibilité comme dirais mon Ex-patron, un bouseux ayant appri l'anglais sur le tas et disant " Lift" pour " Elevator", une vieille peau pleine de leçons.
Enfin Bon, je continue quand même à voir le verre à moitié plein d'autant que devant moi, sur une table, se dresse une bonne vieille bouteille de Red Label. Un sublime Red Label comme je les aime. Les vertus de l'alcool sont miséricordieuses quand même. Le Red, c'est mon pote, m'a jamais trahi, s'est jamais cassé avec un autre, m'a jamais licencié de sa vie. Clairement, il me facture sa compagnie et en affaire, c'est un as, descend jamais des 289 Dhs réglementaires. Tu peux pas marchander avec le sieur Walker, ma foi c'est ni plus ni mois qu'un gros gailalrd de Texas Ranger. Il aura toujours le dernier mot. En attendant, il m'aide à pas commettre une connerie du style...Oh je ne sais pas, il me faut une femme bordel de moi même.
Si j'ai appris un truc en trente ans, c'est : la necessité impérieuse de demeurer en bons termes avec ses ex.
C'est juste une de ces vérités de la vie qu'on prend à la légère. Dès qu'on se remet en selle avec une nouvelle, les précedentes n'existent plus et ainsi de suite, mais l'histoire ne retient pas les intervalles. Des intervalles terriblés, qui durent, durent, s'allongent, semblent devenir eternels. Dans mon cas, ma disette se résume en un chiffre 6 . Oui, six mois à faire manpower tout seul dans mon lit. sur mon matelas, il y a une grosse trace de corps sur le côté droit, un relief quoi, et du côté gauche, l'encephalogramme plat, une droite linéaire.
J'ai refléchis à ça et mes conclusions sont les suivantes. La motivation n'y est plus. Je ne sais pas mais quand tu bosses, tu es embringué dans une mouvance, un flux, tu fais des choses, le soir t'es à la recherche d'un relâchement de tension, t'as envie de bombarder ton bosse d'invectives une cigarette dans un main et l'autre fermement calée autour d'une pinte de pression à 50 Cl. C'est assez stylé. Et puis, tu en descend six des comme ça et t'es fait, t'es bien, et ensuite, ta vision périphérique s'enclenche, tu vois des choses, de belles choses, des choses qui se trémoussent, et t'as plus qu'une envie, te réveiller aux aurores pour mettre ton petit cadeau de la nuit dans un taxi et proférer cette phrase fondamentale : " On s'appelle hein Lamia...Euh...Zineb...oui c'est ça...désolé...C'est l'Alcool". Enfin bon passons...
Aujourd'hui, j'ai reçu dix sept offres d'emploi sur mon profile Rekrtute.com. Elles tombent comme des mouches, chaque jour j'en hérite d'une bonne vingtaine auxquelles je réponds minutieusement, changeant ma lette d"intention en fonction du poste. Je le fais avec beaucoup de soin. Le hic, c'est qu'en six mois, j'ai obtenu deux entretiens. Le premier avec un institut de sondages et d'études Marketing, et le second, bon, avec...Mazagan.
Ironie du sans-emploi, je décroche la première entrevue deux jours après mon licenciement et je me dis, et ben dis donc vieux, c'est que t'as le cul bordé de nouilles. Aussitôt débarqué, aussitôt embarqué. Le mec me sort que je serais soi-disant parfait pour le job et j'y crois dur comme fer. Il m'assure qu'on me contactera dans la semaine. Six mois plus tard, ma connaissance du marketing se limite toujours aux 4 P's. Rien, un silence tuant bordel. Même pas l'obligeance de dire ; " en fin de compte, et pour des raisons. indépendantes de notre volonté, vous n'avez pas été retenu, nous vous souhaitons bonne chance dans vos recherches".
Ah Le red Label, ma mauvaise humeur est fonction inverse du contenu de cette bouteille. J'en suis à la moitié, ça va, des petites pulsations d'optimisme sortent de leurs igloos. Mon coeur développe 110 pulsations la minute, un mécanisme s'enclenche. L'épisode du Dr House que je regarde se met à avoir un sens, je m'enhardis et j'ose enfin hurler " Putain divorcez c'est plus simple" aux couple de voisins qui se disputent depuis une heure à grands cris de fauves. Ah, c'est bon la vie finalement... Oui mais voila, mon état du moment présage d'une grosse envie de sortir. C'est comme ça, tu te grises, et t'a envie de le montrer, c'est là un effet tertiare du Red Label, le secondaire étant tout bêtement la défonce.
Beaucoup de noms dans ce portable ! Alors, Un pote motorisé, célibataire, fêtard, un peu fêlé sur les bords, vivant avec ses parents? hum ! Une seule possibilité en fait. Hicham, le grand Hitch qu'on l'appelle. Le stéréotype du mec bien sapé écumant les bars pour de la poulette mais n'ayant pas ou les emmenèr, le mec prêt à casser sa tirelire le temps d'une soirée pour un local. Un seul problème avec Hitch, il bosse à Rabat du coup pour lui, c'est révéil à cinq heures du Mat et compagnie, un truc horrible. Il me vient à l'esprit que dans l'état actuel des choses, j'rais jusqu'à accepter un job dans une ville fantôme, un rameau de morts-vivants, mais pas à Rabat, Dieu m'en préserves. Non pas à Rabat. L'Etre humain doit se fixer des limites, la mienne c'est Rabat, c'est comme ça et pas autrement.
Je l'appelle, ça sonne longtemps, pas de réponse. Bah finalement, ils m'auront tous filtrés ces enfoirés. Je me reverse un verre. Quel délice.
Merde, il me faut de l'agitation, du mouvement, je veux me bousiller les tympans sur du 4X200 watts de Lady Gaga, faire chier des petites bourgeoises gnangans sur une piste de danse, me faire trainer dehors par deux armoires à glaces.
Je décide d'ouvrir un livre . "Raisons pratiques" de Pierre Bourdieu, comprend rien et c'est parfait ainsi, je le feuillète comme on feuillète un somnifère... La doxa structurante...Des épihènomènes amalgamants...Schèmes de pensée cogntifs...Ma bouteille s'embrouille, la Figure décharnée du Doctor House ressemble lentement à une oeuvre D'Edvard Munch , Le hurlement ? Le cri...Peu m'importe. On sera quel jour Demain ?
Dix heures plus tard, je me réveille en caleçon et je m'empresse de dégoupiller une heineken pour tromper une imminente gueule de bois. Pshit.
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| | Rédigé par Reda Dalil le Samedi 18 Juillet 2009 à 10:51 | Permalien | Commentaires (0) |
Vendredi 17 Juillet 2009
|  | Un échange d'outre-tombe .
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Jeudi 17 janvier 21H05.
Je n’avais vraiment pas l’impression au tout début que le bouquin que j’avais fini n’avait pas plus de valeur qu’un morceau de merde empaqueté dans du papier cadeau. J’en eu cependant bien vite la confirmation. Quand on vit suffisamment longtemps, on se rend compte que la vie vous ôte pas mal d’illusions. Les jours qui passent, ne serait-ce que par leur côté répétitif vous ramène à la réalité des choses laquelle n’est pas forcément dure, plutôt emmerdante je dirais. Ecrire de la merde quand on a envie de devenir écrivain ; voila une réalité pour le moins emmerdante. C’est comme si à vingt cinq ans, après sept ans de médecine pour devenir chirurgien, on est frappé de tremblote. Même pas le genre de tremblote qui vous prend de temps en temps à la suite d’une frayeur ou d’un traumatisme, non, une tremblote permanente, un cas de parkinson précoce, le genre d’horreur qui ne vous rend même pas triste. Le genre de truc tellement absurde qu’il ne génére aucune réaction, aucune appréciation, aucune sorte de recul. Le genre de truc dont on a conscience certes mais dont on n’essaye pas vraiment de disséquer, de comprendre, d’imbriquer dans une certaine logique des choses. On accepte c’est tout, un peu comme si pendant une marche au parc, la petite vieille qui ballade son petit chien, rentre en lévitation et se met à executer des voltiges au dessus de votre tête, brodant le feuillage des arbres autour de vous pendant que je chien, resté au sol, jappe et jappe et jappe à vous en donner la nausée. On y pense rien de ce genre de choses. Je n’ai pas pensé grand-chose de mon handicap littéraire autre que j’étais probabalement une merde et que je le resterais tant que je m’acharnerais à tracer des lignes sur mon éditeur Word. Je veux dire, j’étais dans la position d’un obèse d’une cinquantaine d’année auc starting-blocks d’une course de 100 mètres au jeux de pékin ( dévorant un hamburger pendant que la caméra d’attarde sur lui alors que son nom apparaît en bas de l’écran) . Rien, nada, kaput. Le rêve restera rêve. La notion qu’on ne puisse écrire que de la merde ne gâche pas votre vie. N’exagérons rien. Devenir écrivain c’est finalement l’equivalent d’un gamin rêvant de devenit Mr spock de Star trek. Voila, un rêve de gosse qui est gommé par l’âge adulte. Ceux qui réussissent, le font un peu par baraka. Il ne suffit pas d’y travailler. C’est faux et il faut arrêter d’arroser les gens de faux espoirs. Il ne faut pas y travailler. Soit on veut ressasse depuis votre petite enfance, depuis le premier jour ou en garderie vous avez scribouillé votre première phrase . « oh il est vachement doué dis donc », soit on ne le fait pas . Et si on ne le fait pas, si aucune personne n’a pris la peine de s’attarder sur votre production en poussant des oh et des ah d’admiration, c’est que vous ne l’avez pas en vous. N’essayez plus. Mon premier livre s’est lentement matérialisé en une abominable catastrophe, lors même que j’vais employé enormement de soins à le rédiger. Si mes souvenirs sont bons, j’ai du le corriger une trentaine de fois, en composer une dizaine de version, suer sang et eau pour tomber sur la bonne toutnoure, la bonne phrase d’entame de chapitres, les bonnes liaisons, les rebondissements idéaux. Un travail d’une minutie parfaite, un travail d’orfèvre me disais-je dans le temps. La version définitive s’approchait du mieux que l’on pouvait de l’idée que je m’étais faite du roman. J’étais satisfait un certain temps. Ensuite, ayant laissé le roman décanter dans un tiroir pendant à peu près six mois, je l’ai deterré et me suis relancé dans une grande entreprise de révision. Dix versions s’ensuivirent jusqu’à ce qu’un semblant de satisfaction eu couronné mes efforts. J’étais assez fier de mon abnégation. Et cette fierté me fit imaginer des scénarios grandement gratifiant. J’allais être célebré par mes contemporains. on m’encenserais à sur des pages interminables de critiques, l’étendue de mon talent, mon souci du détail et ma captation judicieuse de l’esprit du moment. Les editeurs n’étaient pas du même avis. En l’espace de huit mois, j’ai reçu dix sept lettres de refus de publication. J’en étais venu à esperer ne plus rien trouver dans ma boîte aux lettres. Je trouvais cruel qu’on prit le temps de rédiger une fin de non recevoir. Mais je comprenais que c’était là de la pitié sans plus. Ces professionnels de l’écrit se sentaient contraints de coucher quelques lignes sur du papier au titre de la taille de mon livre. 750 pages d’inepties certes mais 750 pages quand même valaient bien une poignée de commentaires aseptisées. Le livre devait être en cela irrécupérable qu’aucune lettre ne contenait des mots d’encouragements, des incitations à s’acharner, à ecrire davantage, à peaufiner son style. Non, les réponses se caractérisaient toute par la plus ample politesse et la sobriété la plus froide. Toutes hormis une. Celle-ci était signée par une certaine Fatine laafoura. Elle disait très honnêtement que le livre ne valait pas un clou, mais que certaines idées mériteraient eventuellement un devellopement autre. Elle alla même jusqu’à faire mention des idées en question. En fait, tout l’intérêt du livre selon elle résidait dans le chapitre Treize. Seulement voici le hic, le chapitre treize est un chapitre que je ne me rappelle pas avoir écrit. Je suis pleinement conscient d’en être l’auteur, là n’est pas le problème, le style d’une honteuse pauvreté en attestait, mais je n’avais aucun souvenir du lieu ou du moment de sa rédaction. Sur les quarante cinq chapitres du livre, seul le treizième propose cette ambigüité et la raison en est que j’étais dans un état second au moment de sa création ( je ne peux pas parler de rédaction en la matière). Je retrace l’origine de ce chapitre à peu près entre le 7 octobre et le 10 octobre 2005. La raison pour laquelle ces dates me sont restées gravés dans la mémoire est simple. Pendant cette période, j’étais dans le coma. Le six octobre 2005, alors que je sortais ma voiture du garage de mon immeuble, je fus percutée car un camion beigne à ordures. La pente du garage étant assez raide, on ne voyait pas pendant l’ascencion de la voiture, la nature de la circulation qu’on allait rencontrer au dehors, sur le boulevard. Chaque sortie était porteuse d’un risque, celui de heurter un piéton, ou celui d’être à l’origine d’un collision avec un autre véhicule. Ce n’est pas à cause du choc que je perdis connaissance pendant cinq jours, le chauffeur du camion, suite au carambolage avait eu comme faux reflexe d’actionner le levier d’évidage du train arrière ce qui causât un amoncellement d’immondice de se déverser sur ma voiture. Je me rappelle juste d’une odeur pestilentielle, d’une intense nausée, et de ce jus de pourriture s’écoulant sur mon visage avant de me réveiller une semaine plus tard devant le visage livide de ma petite amie Sana. Cette même Sana, quelques jours après que j’eus quitté l’hôpital, m’apportât une dizaine de pages de blocs note arrachés noircis d’une écriture à peine déchiffrable. C’était me racontât-elle l’essentiel des divagations nocturnes dont j’ai eu manifestement coutume de lui assener pendant mon sommeil comateux et qu’elle avait pris l’initiative de noter, y voyant une frêle passerelle de communication entre nous. J’en lu le contenu et réalisa tout de suite qu’il s’agissait de la suite de mon roman toujours inachevée en ce temps là. Je l’incorporais aussitôt dans la narration et continuais d’écrire. Fatine Laafoura avait donc apprécié l’unique chapitre que je n’avais pas consciemment pensé, organisé, structuré et rédigé. L’unique étincelle d’espoir s’agissant de mes ambitions d’ecrivains provenait donc d’un état parallèle, de la sphère du subconscient. L’encouragement de Mlle laafoura me fut plus pénible que les implacables rejet des autres éditeurs. Le fait est que j’avais écrit de la merde un point c’est tout. Il n’y avait plus d’espoir. Je repris le cours normale de ma vie de comptable en multinationale. Or, un jour ou l’impulsion littéraire me repris comme cela est de coutume au moins une fois par quinzaine assez bêtement, je me remis à lire mon roman et m’attardais sur le chapitre treize. Je n’en lu qu’une partie car, le dégout et le ressentiment liés à la certitude de ne rien valoir en tant qu’écrivain me rendait insupportable la lecture de ma propre « œuvre ». Le lendemain au bureau, on licencia mon supérieur hiérarchique pour une improbable affaire de peau-de-vin. J’en fus catastrophé non pas tant au titre du motif du limogeage mais plus encore en raison de l’analogie parfaite entre cet événement hallucinant et la première partie de mon chapitre. J’y décrivais comment le patron de mon personnage principal, lequel se voulait être une réplique romancée de mon véritable chef, se fit remercier par la direction générale. C’était là probablement une manière de donner vie à un souhait refoulé. Quoi qu’il en soit, mon chapitre par un surprenant hasard me disait-je incrédule à ce moment là, accouchât d’une prophétie auto-réalisante. Je m’en amusais et, le soir même, par goût du jeu, reprenais mon chapitre la ou je l’avais laissé afin de confirmer ou d’infirmer, le lendemain venu, ma théorie prophétique. Dans un des paragraphes du chapitre treize, j’avais en tant que sordide écrivaillon privé de verve et manquant cruellement d’imagination, établi une analogie entre, la joie qu’a suscité le départ du patron chez ses subordonnées et celle possiblement éprouvée par les américains si Elvis presley devait revenir à la vie. Le Lendemain matin, le site du Figaro titrait que selon plusieurs témoignages, un Elvis vieillissant aurait été repéré tirant un vieux golden retriever par sa laisse dans un parking de burger king à Cheyenne dans l’Iowa. Ce n’était pas la première fois qu’on disait avoir vu Elvis depuis sa mort. Mais généralement, c’était le fruit d’élucubrations d’une poignée d’illuminés vivant dans le passé et ne pouvant s’extraire de l’idolâtrie de l’artiste. Cette fois ci, la nouvelle était on ne peut plus sérieuse et constitua la discussion du jour au bureau et du soir au café. Je ne suis pas superstitieux, mais un sens de la précaution que je traine depuis toujours, me somma de cesser ma lecture du chapitre treize. Je m’arrêtais donc de lire pendant quelques semaines, mais je ne pensais plus qu’à ça. Je voulais avoir une infirmation de cette tendance. Oui je dis bien : une infirmation, voila ce que je voulais obtenir. J’obtins le contraire et cela fut plus qu’horrible. La suite du chapitre racontait le meurtre d’un collègue de bureau, meurtre barbare perpétré à coups de couteau. Un maraudeur s’insinuait dans l’appartement d’un personnage équivalant au collègue en question et le massacrait de 126 coups de couteau. Le chiffre 126 inscrit en caractère gras en première page de l’opinion le lendemain matin au café du coin me causa un terrible choc. J’en fus secoué jusqu’à en perdre connaissance. Quelques âmes charitables m’emmenèrent à la maison et contactèrent Sana. Je me réveillais au bout de quelques heures pour l’entendre me dire, « Tu as encore parlé ». Suite à quoi , elle me tend une feuille de papier A4 vierge maculée d’une énorme inscription en son milieu. Je pris mon courage à deux mains et lus : « la mort t’attend ce soir à 21H15, à tout à l’heure ». Je sus à ce moment précis que j’avais d’une manière ou d’une autre établi le contact avec Satan et que j’allais en être sévèrement puni.
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| | Rédigé par Reda Dalil le Vendredi 17 Juillet 2009 à 12:59 | Permalien | Commentaires (0) |
Vendredi 17 Juillet 2009
|  | La Fiotte ( Le retour )
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... Le lendemain matin je me réveille avec un terrible mal de crâne , quelque chose ressemblant à une gueule de bois, bizarre je ne me rappelle pas avoir bu la veille. Je cours vérifier mon frigo. Plus aucune cannette de Spéciales. D'Habitude je les vide avant de dormir de peur de les vider tout court. C'est que je n'arrive pas à fermer l'oeil à moins d'être sur qu'il n'existe plus d'Alcool à ma proximité. S'il subsite ne serait-ce qu'un fond de bouteille de pinard, une petite voix me vrille les méninges, m'incitant à gros coups de semonce de me réveille pour aller finir ce que j'ai commencé. Alors je lutte contre la tentation en me débarassant de tout sédiment éthylique avant de trouver la paix du dormeur.
Le hic c'est qu'hier, je n'ai pas souvenir d'avoir vidé quoi que ce soit dans l'évier. J'ai du les boire ces cannettes, ma migraine ne peux venir que de là. J'ai tout les symptômes d'un lendemain de bitûre, la langue pâteuse, les échos dans la tête, l'oubli de soi devant le miroir, des gestes d'astronautes foulant la surface lunaire, des aie, ouille, merde à tout bout de champ. Putain, je fais peine à voir. C'est du à cette conne d'hier me dis-je , oui , probabalement, la coincer aux bras d'un autre m'a foutu un coup terrible. J'en ai ri sur le coup mais les retombées du contre-coup sont d'une autre nature, pas spécialement destiné à faire marrer.
J'enfile un costume, le même depuis des mois. Bon, ça aide que je ne le mette qu'une fois par semaine en moyenne. Aujourd'hui, je sors une brosse et je me mets à l'astiquer comme un blaireau. J'ai comme qui dirait envie de faire bonne impression. Les ressources se font rares, et oui, six mois de chômage vous plombent un budget. Dans moins de deux semaines, je commence à taper ma mère pour du blé. A trente ans, c'est pas franchement glorieux. Du coup, faut que je me remue deux coupoles rendues flasques par une position horizontale trop longtemps soutenue ; j'ai nommé : mes fesses.
Je ne sais même pas pour le compte de quelle entreprise je passe mon entretien de ce matin. On m'a appellé il y a trois jours. J'ai d'abord cru à une blague. La nana au téléphone écroche grossièrement mon nom, ensuite, elle me annonce, l'air solennel, (genre " Prosternez vous devant l'opportunité qui est la vôtre en cet an de grâce 2009 car le saint graâl du travail sonne à votre porte") que j'ai décroché un entretien . Ce qu'il faut pas dire. Enfin Bref, elle finit, au bout d'un méchant emmêlement de pinceaux portant gaspillage temporel de de cinq minutes, par me donner le lieu et l'heure. Elle n'en dira pas plus.
j'ai déja une heure de retard, les jambes en cotton, des ampoules purulentes aux pieds conséquence d'une innacoutumance chronique aux mocassins et j'attends un Taxi. Je hèle comme un cinglé et je les vois ces pauvres débiles me signaler de l'index, qu'ils préferaient ce faire buter d'un coup de fusil à pompes plutot que de m'embarquer. Vingt minutes de cet exercice m'incite à marcher. Je n'habite pas trop loin d'LP, ça va, j'en ai pour quinze minutes à pieds. Je me lance sans considérer la détérioration du souffle dont je suis victime pour cause de " deux paquets de clopes par jours" . Punaise, c'est dur de mettre une patte devant l'autre. L'être humain est un organisme assis, voire couché tout au plus, qu'avons nous à faire de la transhumance pédestre ? A cela je préfere le galop équestre" . voila ce que mon cerveau en manque d'oxygène compose comme quatrain, un petit vers péripatéticien.
Quand j'arrive devant l'immeuble, une bâtisse délètere infestée dans sa façade par une sorte de saule pleureur, avec un truc assez original : On a installé en haut de l'immeuble un quatre par trois disant " Colorado, Numéro un de la peinture au Maroc" . L'Ennui avec ça, c'est l'immeuble lui même, une caricature d'épave, un mausolée d'épluchures. Y a plus une molécule de peinture sur cet édifice et pourtant il sert à en vanter les mérites.
Mauvais départ si l'en est. Pire encore, mon état. J'ai enlevé ma veste parce que bon, c'était plus possible. Il fait quand même chaud dans ce pays, tu le réalises en ayant marché trois kilomètres avec une armure de pingouin sur le dos. Oh Bon sang, ce qu'il fait chaud. J'ai eu droit à un sauna avec chromothérapie incluse pendant plus de vingt minutes de marche, une petite douche là tout de suite, et je deviens un modèle d'excellence. Je me demande si je peux me doucher dans leurs locaux. Je me pointe, j'exige d'utiliser les appartements du DG, je prend mes aises, il débarque me trouve sirotant de la veuve clicquot de la mousse m'arrivant jusqu'au menton. Débilement vôtre quoi !
Accueil classique : Attendez s'il te plait non pas Veuillez patienter je vous prie mais, attendez s'il te plait, la nuance est de taille. Ne jamais sous-éstimer l'essence d'un tandem vouvoiement/tutoiement dans la même phrase, le faire est apte à vous perdre. On vous fait croire qu'on vous respecte et hop, à la seconde ou vous vous gonflez de votre propre importance, on actionne la guillotine, le couperte tombe, votre tête roule sur l'échafaudage, le peuple crie au sang. Bref, j'attends, j'attends, et j'attends encore.
A côté, il y a environ deux candidats, je dis environ parce que le troisième est un barbu avec un dinar sur le front : buvez, eliminez. Je lutte par conséquent contre les deux autres. Laurel et Hardy y a pas à dire. Seule la puissance de la caricature peut décrir cette doublette infernale. Il ne se parlent pas, peut être ne se connaissent-ils même pas, mais pour moi c'est un duo de chic et de choc. Honnêtement, plus choc en fait...vraiment. Alors le gros, oh, un gros on sait ce que c'est. Un festival d'halètement, l'espace séparant le bout du nez à la lèvre supérieur donne lieu à une scène de déluge " à la Katrina" ( prononcé à l'américaine", des seins d'hommes qu'il peine à dissimuler en se croisant les bras autour du torse, des cuisses se chevauchant, luttant pour de l'espace vital, il me vient à l'esprit qu'il doit utilier une L...pour aperçevoir son Z... Enfin, ne nous égarons pas. Ce n'est après tout qu'un gros bonhomme bien gentil, il ne menaçera pas mon accession au job. Laurel à présent...euh...Laurel, que dire ? Dire qu'il ressemble à un geek relèverait de l'euphémisme, dire que c'est le croisement brun de Matt zimmerman, bill gates et stephen hawkins lui ferait trop d'honneur sur le planc cérébral ( mais serait en dessous de la réalité sur un plan purement physique). Je l'entends presque dresser son index dans une posture ETesque pour annôner " The universe is expanding" . Petit, rachitique, insignifiant, des lunettes double foyer... Mais que vois-je ? Un petit fragment de morve impromptue jaillissant de sa narine droite ? OUI c'est y bien cela. Disqualifié pour cause d'existence. Lui, il existe et c'est bien pour cette raison qu'il n'existe pas.
Mes analyses trouvent une confirmation expresse quand, bien qu'étant arrivé à l'heure, en d'autres termes une heure avant moi, Laurel et Hardy se coltinent un spectacle d'une nature plutôt discriminante : Je me fais convoquer en premier. Comme quoi, ça sert d'être à peu près normal.
Le bureau du Patron, une ode à la famille, on y sentirait presque les relents de couscous d'un vendredi après-midi particulièrment indolent. Des portraits d'enfants souriant niaisement le V du ridicule fermement plaqué au dessus de leur tête " On a un papa riche, on a un papa riche !" , Beaucoup trop de portraits de gosses et,bien entendu, une trace infime de la génitrice, un format A4 balancé négligemment au dessus un parapheur. Le phallocrate dans toute sa puissance, dans tout son rayonnement, dans toutes ses lumières. La macho éclairé commence.
" Monsieur Daliq, Monsieur daliq Réda Moncef, c'est bien ça lâche-t-il sans me regarder ? hum ! Parlez moi de vous. Vous avez fait Al akhawayne University ( Pour les besoins de l'adaptation, je dis University alors que le bougre à en fait prononcé UniversiTé, insistant sur le Té, y donnant un air d'Anglophonie suspect , Téee, un peu comme Ashantéee"
- Et bien Daliq Réda dis-je, trente ans, lauréat d'un Bachelor en finances, Sept ans d'expériences, Trois entreprises différentes dont une multinationale, un titre de cadre de l'année, plusieurs séminaires en Angleterre, une force de proposition, beaucoup de créativité et l'envie de me remettre en selle après six mois d'interruption professionnelle.
- Ah d'accord susrsaute -t-il Six mois, Vous ne l'avez pas mentionné sur votre CV à ce que je vois.
Je ne dis rien, ces moments me glissent sur la peau, j'en fait un déni conscient. C'est mon anicroche fondamentale, rester calme, ne pas sombrer dans une floraison infertile d'explications, ne pas se victimiser, au pire, s'il développe une insistance, sortir un discours au violon à propos des méfaits ravageurs de la crise.
- Connaissez vous Mazagan ? Poursuit-il se réajustant les lunettes.
Oui c'est un binoclard d'une quarataine d'années, peut être moins, mais avec ces technocrates elevés à la potion des grandes écoles françaises, on ne sait jamais, ces mecs vous sortent leur premier mot difficile à l'âge de trois ans et à dix ans, ils disqualifient leur pères devant ses amis en fabriquant des phrases de cet acabit " Le décorum fomenté par ce groupuscule liberticide pêche par une surabondance de paradigmes à substrat composites". Grave l'ennui !
- Non Monsieur réponds-je pour être tout à fait honnête, je ne sais rien de Mazagan.
_ Bien j'admire votre sincérite. En fait, à Mazagan, nous oeuvrons à reconstruire ce pays en conformité avec le plan Azur . Avec nos partenaires Quatari, nous projettons de construire 50.000 résidences hôtelières sur trois villes côtières dont Essaouira. C'est un effort considérable, nous avons don besoin d'élements valables afin de le mener à bon port.
A bien j'aurais dit, le mener à bien, mais bon. Je continue.
- Et bien Monsieur...euh...
- Brahimi intervient-il me tendant une business Card que je ne consulte pas.
- Et bien Monsieur Brahimi dis-je, comme vous avez certainement pu le voir dans mon CV, j'ai une certaine compétence, de l'expérience doublée d'une vraie polyvalence. D'ailleurs, à ce titre, je me permets de vous dire que mon passé de financier ne m'empêche en rien de tenter l'aventure marketing ou commerciale. J'y suis plus que disposé.
Il semble gêné, il hésite, sans vouloir dire quelque chose, se rétracte, fouille dans ses papiers et s'attarde sur un document. louchant, je fais une découverte, c'est mon CV. Eh oui. Se pourrait-il qu'il le consulte pour la première fois ? Impossible me dis-je ! Si tel est le cas, que fais-je ici ? Quel est l'objet de ma présence ? Je n'y crois pas. Le type dessère sa cravate, son visage s'est empourpré, de la vapeur lui jaillit des cheveux, littéralement, j'assiste à un spectacle digne d'une farce des Bogdanov.
- Monsieur Daliq parvient-il à dire avec peine, j'ai bien peur qu'il y ait eu une méprise. Euhh...En fait, Nous voulions des...comment dire... Des Réceptionistes.
Deux heures plus tard, Je suis au tex mex. Ali m'a rejoint. Sa situation est encore plus terrible que la mienne. chômeur de somme je l'appelle. Une femme inculte doublée d'une petite fille braillarde et d'une mâratre haineuse. Nous noyons nos rêves effrités dans la bibine. Que c'est bon mon Dieu, ça te rafracît la tête et puis le gosier ce truc. Je m'y perdrais à vie si je le pouvais financièrement. mais ça viendra me dis-je , j'ai bon espoir. Dès que je rebosses, je deviens alcoolique, ce dessein fait partie de mes résolutions les plus importantes. Ali gêmit, bien sur il gêmit, ne gêmit-il jamais tout à fait totalement la dernière fois qu'on se quitte, qu'il reprend de plus belle la prochaine fois que nous nous voyons, et cette fois prochaine c'est aujourd'hui.
Accoudés au tables poisseuses de cette supercherie de resto Mexicain, nous grignotons nos nachos sous les yeux méfiants d'un empaffé de gérant visiblement rongé de culpabilité par sa commercialisation de l'alcool. Enfin tout n'est pas perdu. Demain est un autre jour.
- Dis moi Réda commence Ali, j'ai un p'tit service à te demander ?
- Combien tu veux ? L'interromps-je machinalement, Demandes ce que tu veux, mes doutes existentialistes sont à leur paroxysme, profites en, j'évolue ce soir dans une sphère de la consicence ou la radinerie n'a pas sa place. Profites en ça pourrait ne pas durer.
- C'est la petite chiale-t-il, Il lui faut des couches et ma femme, elle vient de terminer sa cartouches de lights, elle me fait un caca nerveux.
- Tu veux combien Ali ?
- Oh pas grand chose rétorque-t-il timidement, Deux cent balles ! T'as ça ?
- Deux cents balles, non mais tu te payes ma tête ( je prend un air exagérement outré), Comment tu veux que j'ais ça, tu me prends pour qui dis donc, un bâtard Al Saud ?
Je vois la putréfaction d'une déception subite soutendue par un rail de mal-être lui décomposer le visage. J'attends un peu, j'ai honte de le dire, mais le voir ainsi me rassure un peu sur ma propore condition. Je patiente. Encore trente secondes pour finalement...
- Ouais je les ai t'inquiète poto, je les ai, et je te les donne.
Un sourire niais refait surface, l'expression oblique d'un piégé de caméra caché, un tournis d'émotions contrdictoires, ça aussi me rassure. Allez rien que pour ça, il aura droit à trois cents balles. Faut que je passe au guichet par contre... Et merde. |
| | Rédigé par Reda Dalil le Vendredi 17 Juillet 2009 à 10:38 | Permalien | Commentaires (0) |
Jeudi 16 Juillet 2009
|  | Never can say goodbye !
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Never can say goodbye
No no no no, I
Never can say goodbye
Even though the pain and heartache
Seems to follow me wherever I go
Though I try and try to hide my feelings
They always seem to show
Then you try to say you're leaving me
And I always have to say no...
Tell me why
Is it so
That I
Never can say goodbye
No no no no, I
Never can say goodbye
Everytime I think I had enough
I start heading for the door
There's a very strange vibration
That pierces me right to the core
It says turn around you fool
You know you love her more and more
Tell me why
Is it so
Don't wanna let yo go
I keep thinkin that our problems
Soon are all gonna work out
But there's that same unhappy feeling and there's that anguish, there's that doubt
*It's that same old dizzy hang up
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| | Rédigé par Reda Dalil le Jeudi 16 Juillet 2009 à 19:22 | Permalien | Commentaires (0) |
Jeudi 16 Juillet 2009
|  | La fiotte.
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Il me faut deux semaines pour me préparer à cette échéance, deux semaines d'angoisse totale, de transiprations brusques, d'arythmie cardiaque, deux semaines de doutes, une coupe de cheveux, un détartrage, trois séances chez ladyfitness, une nouveau Jean Diesel à 1200 Dhs, un parfum hors de prix et me voila. J'arrive le premier Chez Paul. Il est Sept heures et demi et il y a déja beaucoup de monde. Je patiente environ dix minutes pour me saisir d'une table dans l'enceinte aerée du café. Je commande un jus d'orange et, pour la forme, feuillète un Maroc Hebdo. J'attends. Viendra-t-elle ?
Si je dois m'en réferer à la logique qui m'anime, elle ne viendra pas. J'ai passé en revue toutes les photos de son profile, physiquement, elle vient d'une autre planète. Absolument divine, des paumettes symmétriques, des maxillaires définies, des yeux en noisette chatains virant sur un déliceux vert foncé, des cheveux fins lui tombant nonchallement sur le front dans une apprêtement des annèes 90 avec une frange sur le côté. Et, D'après ce que j'ai pu constater, un corps ferme signe d'une pratique régulière de gymnastique. A présent, son langage. A travers nos nombreuses discussions, j'ai pu remarquer une attention minutieuse au respect de l'orthographe, des phrases sorties tout droit de classiques de la littérature, un adverbe récurrent " Assurèment". Etant donné que sa rubrique info est vierge, je n'ai pu qu'imaginer son parcours afin d'élucider le mystère de son excellence. Comment est-il possible dans le monde du LOL qu'une fille jeune, à priori bonne vivante, soit à ce point à cheval sur la correction ? Un père instituteur peut être, voire même, qui sait, écrivain. Son nom de famille justifierait la deuxième alternative. Elle s'appelle Benjelloun. Or, croyant vraiment à une consanguinité avec le célèbre auteur, j'ai effectué une recherche sur Google mais me suis rendu compte que le prix goncourt n'avait pas d'enfants. Ce n'est donc pas ça. Mais ça, c'est moi, je me rédige mentalement mon propre roman, je me visualise un destin. Ayant 30 ans et des poussières, je commence à me représenter la providence sous la forme d'une rencontre plutot qu'une réalisation personnelle. Si je dois être reconnu me dis-je, il est trop tard pour le faire sur la base d'un talent caché, en un tiers de siècle j'aurais eu tout le loisir de le découvrir et de l'exploiter. Non, je ne me voile plus les yeux. Ma réussite adviendra lorsque j'aurais rencontré la bonne personne. En conséquence de cela, je cherche, j'écume les réseaux sociaux, les sites de rencontres détournés, Facebook, Twitter, enfin tout ce qui peut servir quoi ?
Aujourd'hui, j'ai des raisons de penser que la chance me sourit enfin. Et cette chance prendra la forme d'une jeune femme de 25 ans mesurant, selon des extrapolations dérivées de l'observation accrue des photos, à peu près 1 M 75, et maîtrisant la langue de Molière comme Molière lui même. " Assurèment " me dis-je, cette fille est une perle d'ou mon angoisse, mon dos baigné de sueurs froides, la façon pathétique dont j'ai commandé le jus d'orange, ma voix chevrotante, les palpitations enfantines de mes genoux... Je suis vraiment à plaindre en cette tiède soirée du Samedi. J'atttends . Elle a déja dix minutes de retard. bon, très bien, manifestement,la ponctualité n'est pas son fort, en cela, elle est à l'image d'un peuple. Parfait me dis-je, ma femme idéale se doit d'être pourvue de traditions, adhérer en quelques sortes à un canevas purement Marocain. Je m'accomoderais facilement de ses retards pour peu qu'elle soit dépourvu de vulgarité. J'ai trente ans et mon célibat n'est que le résultat d'une trop grande intolérance pour les défauts,il faut que ça change, ça changera. Si cette fille est une retardataire dans l'âme, une sérial planteuse de rendez-vous, j'irais examiner ces qualités plutôt que de m'apesantir sur ses défauts. Je ferais des concessions.
La faune chez paul est assez spéciale. Je suis un habitué du Dolce, enfin, habitué est un bien grand mot, j'y vais à peu près deux fois par mois, il n'en demeure pas moins que le temps aidant, ma rétine s'est acclimatée à la clinetèle plus terre-à-terre de cet établissement. Ici, les choses sont autres. Je vois des filles habillés en tenue de soirée, perchées sur des stilettos vertiginuex, je vois de la minceur, beaucoup de minceur, un concert de clavicules et de côtes saillantes, des visages osseux, des dentitions rangées, des démarches félines. Par contre, et c'est là un point rassurant, les hommes comme partout ailleurs, sont hors de forme . A la perfection surréaliste des femmes contraste le laisser-aller définitif de leur pendants masculins, et ceci n'est pas fait pour me déplaire. Je dois avouer ne jamais insérer ma chemise dans mes Jean's afin d'eviter d'exposer au monde railleur et voyeuriste toute la majestuosité de mon bide. C'est de bonne guerre me dis-je et puisque dans le monde des aveugles le borgne est souvent roi, je m'en sors quand même pas mal.
Il plane un relent de bourgeoisie piquant dans ce café. Les iphones à la table carrée sont légions, les sacs LVMH se greffent aux bras malingres et aristocratiques d'une armée de nymphettes oublieuses manipulant les regards fiéleux. Hmmm, décidement, je ne suis pas dans mon élèment. Autant suis-je rebuté par des endroits tels le dunhill sur Maarif ou l'odeur d'ambiance est celle de chaussettes pourris et ou il règne une atmosphère de café de commerce égyptien de l'entre deux guerres, autant le tri officieux à l'entrée qu'impose Paul gêne le déploiement de mon naturel simple et enjoué. Un soupçon de panique entame sa propagation par le gros orteil. Pourquoi n'ai-je pas proposé le Malongo au lieu de Paul. En fait, j'ai voulu en choisissant ce haut lieu de l'opulence casablancaise, me forger une identité devant la belle. Je ne voulais pas être taxé de " commun" . J'ai voulu frappé un grand coup, l'histoire me dira si d'emblée, je ne me suis pas mis KO avant l'initiation de la lutte amoureuse.
Hum ! une demi heure de retard. D'accord, c'est ainsi estime-je, une belle femme se fait attendre, c'est autant un fait de la vie que je suis Taureau par l'horospcope. Je n'y peux rien, il me faut prendre mon mal en patience. J'attends. On sert des salades aux clients, les serveurs prennent les commandes en Français, un pré-pubère boutonneux en jeans ample et tombant fait un entrée triomphale ceint par deux créatures aux attributs plantureux. Comment cela est-il possible? Dans le fief de l'argent roi, le bling-bling possède ses règles que l'esprit simple ne saisira point. Je n'ai aucune réponse.
Mais qu'est ce qu'elle fabrique bon Sang ? Quanrante cinq minutes ! Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de Paul. En me faisaint cette reflexion benoite, je catche contre l'idée de l'appeller. Pourqoui pas voyons ? Un petit appel innoncent : " Je m'inquiètais pour toi" une aberration de ce genre. Peut être même appréciera t-elle l'intention. Quoi que, non ! J'en doute assez. La convenance impose de ne pas manifester son attente. Il me faut reflèter l'image d'un gars occupé, non soucieux de détecter la présence d'une seule personne. D'ailleurs, je compte simuler une conversation téléphonique à la seconde ou je noterais son entrée. Il faut jouer de la sorte pour se vernir d'importance. Et, c'est décidé, je vais me la jouer distant, froid, voire un tantinet hautain et insoucieux de plaire. Une stratégie gagnante selon Séduction.com. Oui j'y suis abonné et je reçois des conseils quotidiens sur mon Gmail. Leçon du jour : Simuler un légèr désintêret. Agissez comme vous le ferez dans un Bazar à Marrakech, Dites vous que la réussite d'un marchandage dépend prinicpalement de votre capacité à camoufler votre désir de l'objet" . Oui et bien, je vais essayer de faire ça. Pourvu que ça marche je me dis en croisant les doigts. Oh et puis, advienne que pourra. A ce stade, je ne peux plus reculer. Il faudra aviser, trouver des parades, vaincre mon excitation tout en limitant la portée de ma timidité. Réussirais-je ? Putain, j'en sais rien.
Mais c'est qu'elle ne vient pas. Déja une heure d'attente. Un groupe de bourgeois quinquagénaires, deux hommes dotés d'une monstreuse bedaine, me toisent, je sens du mépris dans leurs regards. " Regardez le ce pauvre bougre, il met des baskets Puma, quel Demeuré" semblent-ils penser. L'un deux porte une chemise hawaienne tellement bouffante qu'elle servirait allègremement à draper une escouade d'intouchables dans une favella de New Delhi. Quelle misère, elle ne viendra pas. Merde de merde de merde, elle m'a planté. Je sens un lapin me pousser dans le fion. Je me suis fait couilonner comme un filet de fiente d'escargot. Khoooo, Je l'appelle, je m'en fiche, je l'appelle. Que m'en coutera-t-il ? Une humiliation, une... Une enième.Dans mon existence décousue de célibataire en mal de relations sexuelles, je les collectionne comme des perles, j'en ai des tiroirs et des tiroirs bourrés jusqu'à l'implosion.
je compose son numéro. Dis sept sonneries plus tard , j'ai droit au mortel message " votre correspondant ne peut être joint pour le moment..." Saloperie de Merde. Je dis merde à cette conne, je dis merde à Paul, je dis merde à ce serveur aux auréoles en forme de demi-lunes, je dis merde aux deux gros poussahs plein de blé. Mais quelle est donc cette mentalité à deux balles contre laquelle je bute continuellement ? Y en a marre, je remplis dès demain un dossier d'immigration pour le Canada, je me casse en espérant que le froid polaire de Montréal puisse avoir raison de mes ardeurs. Je ne draguerais plus jamais sur le Web. En fait, je ne draguerais plus tout court. C'en est fini de trente ans de brimades, de rejets, je serais mien dorénavant, je vivrais pour, par et à travers moi, mon bonheur passera par une stratégie de détournement, je détournerais la honte et le dédain de ces avatars féminins marinés à la sauce Facebookienne en allant m'engorger d'accent québécois à la con. " Puis je vous eufrrér de pâsser la nuite avec moa ?". Et merde...
Je paie quinze balles le café et en profite pour partager cette opinion avec le serveur " C'est un scandale, je suis là depuis une heure et personne n'a eu le reflèxe de poser un putain de cendrier sur ma table". Le truc de circonstance quoi ! Une routine par soirée de déception.
En sortant, je la croise. Elle est assise sur une banquette en cuir vert et un gros macaque est en train de lui pétrir les cuisses. Elle a un sursaut lorsqu'elle me voit. Elle m'a visiblement reconnu , elle détourne le regard, sourit bêtement, repousse la main de l'autre, rougit. Le timoré en moi m'urge de passer mon chemin, mais je ne l'écoute plus ce petit minable, c'est un autre moi plus menaçant, moins consensuel qui prend le dessus. Je me poste impérialement devant le couple, et, la détaillant du regard je lui lance ceci : " T'es qu'une menteuse, une sale menteuse, je plains le gros con qui te sert de valet. Ecoutes moi bien mec, elle va te planter tôt ou tard, casse toi tout de suite tant que tu peux".
Il se lève, je n'ai jamais vu ça de ma vie. Il frise les deux mètres et dépasse la quintal. Heureusement que sa corpulence l'empêche d'être rapide, son front s'est rembrunit, il hurle quelque chose quand il s'emmêle les jambes dans une chaise me donnant un instant de répit. Il ne m'en faut pas moins pour détaler comme une fiotte. Je n'arrête ma course folle qu'à quelques mètres de chez moi, haletant, la bouche béante, des gouttes de sueurs me maculant la vue.
Une fois chez moi, je prends une douche, me connecte et bien sur, élimine cette pauvre idiote de mon groupe d'amis. Peuh... |
| | Rédigé par Reda Dalil le Jeudi 16 Juillet 2009 à 10:51 | Permalien | Commentaires (0) |
Mercredi 15 Juillet 2009
|  | Vocations.
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Il a besoin de se réveiller souvent pour comprendre qu'il vit.
Beaucoup de philosophie animait notre ami Karim. Il n'a pas choisi sa situation dans la vie. Peut être eut-il été raisonnable de tout cèder pour travailler sous les ordres d'un patron. Il était fait pour obéir pensait-il. Hélas, des circonstances complexes firent de lui ce qu'il est aujourd'hui : un dirigeant. Il en souffrait. Il en souffre.
Au fil des années, il a réussi à se forger une carapace de sévérité. C'est la se disait-il la seule manière de gérer des hommes. Son passé laxiste n'aurait pas fait l'affaire. Il a donc changé, se transmuant en machine de méchanceté, en motivateur coercitif. Il en souffre.
C'est une question insistance qui le persécute ces derniers temps : Est-il apte à diriger des vies ? Peut -il en toute justice décider de la trajectoire d'une personne, influer sur le cours de sa vie ? Il ne s'en sent pas capable mais il est pris au piège de la fortune. Son train de vie l'oblige à perpetuer son martyr. Sa femme, une bourgeoise impitoyable ne lui pardonnerait aucune incartade, aucune déviation. Il lui faudra continuer à gêner le déploiement de la nature humaine, il devra persister à déranger l'ordre de la paresse. Il en souffre
Il ne les comprends pas justement ses employés. Certes leurs revenus sont minimes, certes leur condition de travail est loin d'être confortable, cependant, ils possèdent un métier, un gagne-pain, ils peuvent vivre, partager, élever des enfants, boire un petit verre à l'occasion, aller aun cinéma. Ils peuvent faire des choses pense Karim, se rendre utile à leur famille. Il leur donne le privilège d'une citoyenneté modèle quand leur seul objectif est de tricher, de trahir sa confiance, de lever le pied, de traquer les moments de repos. Il ne comprend pas. Il en souffre.
Que faudrait-il qu'il fasse pour éviter la tourmente du patron. Il ne veut plus décider. Cette amertume teintée de haine qu'il découvre chaque matin dans le regard de ses employés le torture. Il ne pourra plus y être longtemps témoin. L'argent ne soigne plus ses maux, son confort personnel le culpabilise. " Je vis bien" se répéte-t-il souvent, haissant le ton que prend sa voix en annonant ce mantra. Il en souffre.
Par dessus tout, c'est le pouvoir de décider qui le rend irritable. Etre l'unique rempart contre un chaos certain le terrorise. Que se passerait-il s'il quittait son entreprise pendant un mois sans laisser d'instruction ? Il réfuse toute evetualité de réponse à cette question. il en souffre.
Pourquoi ne travaillent-ils pas honnêtement ? Pourquoi trichent-ils ? Il se rappelle de ses débuts. Un poste d'aide comptable dans un cabinet d'expertise, une petite table, un registre de calcul, des heures de travail infinies, une satisfaction lors des bouclages de bilan, une réelle satisfaction. Il avait aimé travailler sous les ordres de l'expert comptable. L'homme n'était pas bon ni généreux, mais il enseignait des choses, distillait des elements d'expériences, il rendait ces employés meilleurs, il s'en donnait le temps.
A Karim, l'argent n'a jamais signifié grand chose. Maintenant qu'il en possède en grande quantité, il sent une gourmandise se propager en lui. Il a peur. Oui, il craint d'exploiter pour en mettre davantage de côté, pour thésauriser. Ne le fait-il pas déja ? La démotivation de ses troupes n'en est t-elle pas la résultante flagrante? Comment le savoir ? Il rémunère selon un barème, les salaires se situent au niveau d'une médiane nationale. Oui, il pourrait servir plus, mais à quoi bon se disait-il ? Les employés en seraient-ils dopé ? Ce n'est pas sur . Ce qu'il a vu d'eux ne présage en rien d'une amélioration, d'un souci subitement intense de dépassement de soi. Il en souffre.
En Bas de l'immeuble ou il a établi son siège, se trouve un café que les employés surnomment l'annexe. Ils s'y regroupent matin midi et soir, délaissant leurs dossiers, oubliant leurs clients. Ils y dressent une critique continue du management, se plaignent de la faiblesse des salaires, préparent des grèves, y renoncent, fument cigarettes sur cigarettes, éteignent leurs portables, rient aux éclats, se paient des tournées d'expresso.
Il suffirait qu'il débarque inopinèment dans ce café pour justifier le liceciement légal et général de ses troupes. Il le sait mais il ne le fait pas. Il ne veut pas, il ne se sent pas l'étoffe d'un monstre de froideur. C'est un faux patron et il le sait. Incapable de trancher une question humaine, inapte à confronter un collaborateur à propos d'une faute grave. Faisant concorder l'annonce des augmentations annuelles avec un congé prolongé, il veut laisser passer la tempête, revenir lorsque les espits se seront calmés, il veut éviter le clash. peut il indéfiniment repousser une échéance certaine? Il ne le sait pas et il en souffre.
Ce soir, il décide de se rendre chez lui à la marche. Longeant le boulevard zerktouni jusqu'à son extremité nord, il se prend d'une envie de Milkshake, alors il fait la queue au Mcdo pendant une bonne dizaine de minute. La nuit est douce, nimbée d'une chaleur subtile, les filles sont agréables à regarder, certaines le dévisagent subrepticement, d'autres lui lancent des oiellades prononcées, d'autres encore s'écartent sans un regard sur son passage. La faune casablancaise ne l'apaise pas, il ne sait pas pourquoi, il est à l'affût d'une attaque, d'un viulgarité, d'un crachat. Son costume trois pièces signé est trop distinguant. Il voudrait se fondre dans la masse, hurler sa normalité, n'être personne. Quelques mendiants le suivent pour des pièces, il en distibue deux ou trois. Une reflexion le saisit : Jamais il n'a essayé de déviner ce qu'il trouverait à dîner. Sa femme ne cuisine pas et refuse de prendre une cuisinière. A travers ce stratagème, elle s'assure une sortie au restaurant chaque soir. C'est de bonne guerre se dit-il, chacun tente de maximiser son profit dans la vie. Il est grand, dispose de traits réguliers et un pratique assidu et bête du squash, lui donne une figure haute et élancée. Arrivé au rond point des sports, il est ému par le côté petit Paris de ce quartier. Il choisit un salon de thé et s'y installe. Il commande un autre Milkshake et demande un cigarette au serveur. " Je ne fume pas" lui lance-t-il séverement. Karim observe le ciel étoilé et se dit, sur cette terrasse, que sa vie manque d'imprévus, il a tellement tout balisé, il voudrait jouir d'une petite dose d'aventure. Une femme d'une cinquantaine d'années prend place autour d'une table mitoyenne, elle a conservé une figure de jeune fille, elle porte une jupe et croise les jambes, Karim tente un regard rapide, ce qu'il voit lui plait. Elle allume une Marlboro. Oserait-il lui en demander une ? Oh non se convaint-il rapidement, la cavalerie ne fait pas partie de son arsenal de mécanismes sociaux. Il restera là à siroter son milkshake. Des portables sonnent, de la fumée l'atteint au visage, des klaxons lui retentissent dans les oreilles, une vie complexe se meut devant lui. ll ne pense plus. Que fait-il ici ? Une sonnerie le tire de son engourdissement, Sa femme lui rappelle qu'ils doivent dîner chez Les Moumni. Elle clot son injonction par un " Bouge toi le cul" assez sec. De passage en russie pour ses affaires il y a deux ans de cela, une expression utilisée par un partenaire local l'avait marqué : Chez nous, on meurt de deux maladies , une femme méchante et une affection profonde pour la vodka". Il ne boit pas de Vodka. Lentement il se lève, dépose un billet de cinquante dirhams sur la table et reprends sa marche.
En quittant le café la quinquangénaire ne l'a gratifié d'aucun regard d'adieu. Il en fut blessé.... Il en souffrira. |
| | Rédigé par Reda Dalil le Mercredi 15 Juillet 2009 à 10:19 | Permalien | Commentaires (0) |
Mardi 14 Juillet 2009
|  | Une Petite ambition de serveur.
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je ne saurais jamais comment il fait . Oui, probablement jamais. Mais ma curiosité du réseautage est ainsi, elle restera innasouvie parce que je n'ai aucun reflexe de base s'agissant de la prise de contact, je ne sais pas comment on fait, le saurais-je jamais ? Telle est la question.
Mais quand je le vois, j'éprouve une jalousie sauvage, j'ai parfois envie de le coincer dans un hall, de le plaquer contre un mur et de lui hurler ceci au visage : " Comment tu fais ? comment tu t'y prends Bordel ?" . Je n'ose pas le faire. Ce mec a des relations, il peut gravement me nuire, aussi, je me contente de regarder, d'essayer d'apprendre de ces gestes, de ses attitudes. L'ennui c'est qu'en deux ans d'observation, je n'arrive à rien. Aucun enseignement n'est venu courroné mes minutieuses analyses. Et pour cause, sa démarche semble relever d'un savoir inné.
Je bosse dans une boîte d'évenementiel qui monte principalement des séances plénières. Nous les organisons dans des hôtels de la capitale. Enfin quand je dis " nous", je veux dire " eux". Ma pierre à l'édifice est à ce point infime qu'il serait ridicule de l'inclure dans l'effort de préparation. En fait, moi, j'interviens lorsque le personnel émerge de la salle de réunion. Je les accueille devant mon buffet et leur sert à boire et à manger. Je suis serveur, vous savez le mec avec un gilet et des gants, le grand dadet rachitique qui vous tend des verres à vin avec du jeu d'orange dedans, celui qui vous enroule un shneck dans une serviette en papier.
Mais voila, j'observe beaucoup, je remarque des choses. Et depuis un certain moment, c'est le cas de Momo qui m'interpelle. Momo est coordinateur, autant dire qu'il n'a aucun rôle précis. Sa mission se résume à déambuler dans les salles, à agiter de l'index en chuchottant à l'oreille d'un serveur ou d'un technicien du son, parfois il se penche sur un convive et on le voit hôchant frénétiquement de la tête. Il est agile, il papillone de table en table, il peuple constamment votre champ de vision, il est partout à la fois. Comment se rend-il utile ? je ne le sais pas ? Ca me dépasse, j'en fais des cauchemards .
Voila un type qui ne peut s'enorgueillier d'aucune éducation formelle, d'aucun dîplome, rien, en fait, à la base il est comme moi, je m'en sors avec un peu de culot et beaucoup de persistance. Je suis serveur certes, mais bon, j'arrive à subvenir à mes besoins, je mange à ma faim, ma mère fait de même ainsi que mes deux soeurs et tout ce petit monde survit sur ma pitance. Bref, avec Momo, on possède les mêmes racines, père mort jeune, mère inactive, le récit baigné de sonates aux violons quoi !
Mais lui, il calera pas longtemps, je le sens . Y a deux semaines, je le vois entamer une discussion avec le nouveau DG de 2M. Oui, nous...enfin la boîte leur a organisé un cocktail dînatoire au Hyatt. Momo coordonnait, je servais. Alors, ils sortent d'une série de présentations et comme d'habitude, le petit personnel se jette sur les banquets et les cadors prennent leur distances, marquant une séparation franche avec les petits bras. Nous avons l'instruction d'aller à eux, de les servir. Du coup, on les voit, prenant des poses, devisant, une bouteille de sidi Ali à la main et un Smartphone à l'autre. Il s 'échangent des impressions, s'amusent de choses et d'autres. Mais plus que tout, ils forment un groupe étanche, le genre qui vous prévient " demeurez au loin" . Et bien entendu, personne n'ose empièter sur leur territoire. a une petite exception près : Momo.
Il faut le voir pour y croire vraiment, vraiment...
D'abord, il faut lui avouer ceci : En ce genre d'occasion, il se sape comme un Milord. On lui prête des costumes, je le tiens de source sure. Ensuite : l'amorce. Un enchaînement subtil de pas, de gestes, un tripotage naif de portable, des tournoiements, une hésitation affichée, il avance, il recule, semble glisser, flotter dans l'air, s'enhardit, se relâche, appelle un commis, lui souffle quelque chose à l'oreille, lui donne une tape sur le dos, le bouscule un peu comme pour lui donner une impulsion, puis, une fois le commis propulsé dans sa course, le rappelle pour lui transemettre une dernière instruction, après cela , il s'essuye la bouche, se tient droit, traque une poussière sur la manche de sa veste, ajuste sa montre, la met en évidence et PAF, d'une enjambée leste, il s'immisce dans le groupe. Commence alors le grande illusion.
Quelques secondes plus tard, le groupe d'homme clefs éclate d'un rire tonitruant pendant que Momo ayant manifestement raconté un truc drôle conserve un visage de marbre. Hormis ses lèvres lesquelles ne cessent de se contortionner, le reste du corps est figé, droit. Les fou-rires se succèdent, les dirigeants se donnent de grandes claques, se tordent d'enjouement, se penchent et saccoudent les uns sur les autres, on a droit à la comédie du bonheur Acte I , II et III. la totale. Et tout au long, Momo ne bats pas le cil. Rien. Il parle, susurre presque, regarde autour de lui du coin de l'oeil avant de lâcher une bombe comme pour asseoir le ton de la confidence, comme pour exprimer l'exclusivité de cette union d'hommes puissants, infiniment supérieurs à la norme. Il y a eux et Momo, le reste peut crever. Plus personne n'existe.
La scène dure cinq minutes et ensuite, Momo fait mine de répondre à un appel, il bat en retrait d'un pas ou deux, leur fait signe de patienter de l'index, se bouche l'oreille libre d'une main et baragouine quelques ordres en prenant le ton de la sévérité. Souvent, ces entr'actes téléphoniques lui servent de prétexte à une admonestation. Je l'entends dire " Non mais tu te fous de ma gueule, Fais ton boulot, je te conseille de faire ton boulot, c'est mon conseil, après je te demande d'assumer, tu comprends bordel, tu assumes". Il est fin Momo, il sais qu'un patron c'est sensible à la responsabilisation du personnel. Momo installe un froid fugace qu'il démine aussitôt en disant " Les employés c'est comme la femme, tu ne peux pas vivre avec, mais tu ne peux pas vivre sans non plus ! ". Une autre touche à son actif car son adage, est à double impact, une pique pour la femme : mysogynie capitaliste oblige et une autre pour le travailleur, hommage à la lutte des classes. Les cols blancs sont acquis et Momo qui s'est fixé un projet au préalable, expose son idée, son concept, présente ses services. Des échanges de numéro ont lieu suivis de poignées de main viriles et Hop, l'affaire est dans le sac.
Aujourd'hui nous nous occupons...Enfin ils s'occupent d'une fête annuelle, celle De BMCE Bank, tout le gratin est présent. Momo poursuit ces rondes de séduction. Son manège, il l'a réalisé deux fois avec deux groupes différents. Sa collecte de cartes de visites bat des records, Tandis que moi, je continue à servir du thé, mes gants blancs sont maculés de tâches, je transpire comme un porc sous mon gilet de pantin, mes zygomatiques se crampent sous l'effet d'un sourire mécanique trop longtemps soutenu. Bref, la merdouille totale.
Je suis harrassé quand les derniers invités s'en vont, certains comme il est de coutume dans ce genre d'évenements, sortent des sacs en plastiques et y fourrent tout ce qu'il est possible d'y fourrer, des mini-pizzas, des moitiés de sushis, des pains aux raisins, de la pastilla, de la viande et même parfois, du jus de fraise.... Je m'éloigne un peu de ces scènes de crime alimentaire et m'adosse à un mur au détour d'un corridor plutot paisible, j'allume une cigarette scrutant bêtement le lustre disgracieux qui me surplombe. Soudain, j'entends une voix qui me dit " Soirée plutot réussie !" . C'est Momo, d'habitude il ne me calcule pas. Que se passe-t-il me dis-je ?
" Dis donc toi me lâche-t-il, tu ne serais pas entrain de m'espionner par hasard ?".
- Non, non insiste-je Pas du tout, pourquoi je ferais ça ?
- A toi de me le dire ? repart-il, A toi de me le dire .
- Ecoutes Momo, je te jure sur tout ce que j'ai de plus cher que...
- Arrêtes tes conneries M'interrompt-til et approche un peu par là !
J'hésite, je ne sais pas ce qu'il veut.
- Approche je te dis.
Je m'approche la mort dans l'âme, je m'immobilise à quelques centimètres de lui. Il s'incline et s'apprête à me confier quelque chose à l'oreille.
- La Drogue fils dit-il imperceptiblement tandis qu'il me baigne le visage d'un souffle tiède et malsain, la Drogue, c'est mon secret, je suis Dealer, je leur file un peu de coke et en retour ils me bouffent dans la main.
Mon Dieu.
- Dis me demande-t-il, T'as envie de rejoindre mon petit business ?
Euh...Oui Momo, oui...j'aimerais assez....
Depuis lors, mon métier de Serveur est devenu hyper motivant et ma mère pense sérieusement inscrire une de mes soeurs dans une école de commerce privée. |
| | Rédigé par Reda Dalil le Mardi 14 Juillet 2009 à 10:26 | Permalien | Commentaires (0) |
Lundi 13 Juillet 2009
|  | L'Ignorant.
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" Le droit à l'ignorance, voila de quoi je parle !"
Mehdi, trente ans, du talent dans à peu près tout, une belle figure, un succès fou avec les femmes, une suavité de toutes les heures, des expressions classiques, un esprit trempé dans des lectures solides et nombreuses, une logique implacable bien que souvent employée à rebours de la bien-pensance, parle, il parle de choses et d'autres et au fil de ses pérégrinations mentales, m'embarque de réflexions en réflexions. Il est comme ça Mehdi, aucune parole préméditée, aucun agenda, juste un flottement heureux de sujet en sujet, une succession hasardeuse de phrases qui s'entrechoquent luttant sans merci pour un élan de conscience, une spontanéité cérébrale rare, brillante, un bel esprit. Enfin, sauf exception.
" Je revendique le droit à l'ignorance et à l'irresponsabilité. Pourqoui n'en serait-il pas ainsi parfois ? Il existe à mon sens un lien assez malsain entre le savoir et la culpabilité. On culpabilise parce qu'on sait, or lorsqu'on ne sait rien, on sent et si on sent, on vit sans l'ombre d'un doute, d'une angoisse, d'une culpabilité. Naturellement, cela passe par un effort conscient d'ignorance, de recherche d'ignorance. Cependant, déconstruire le savoir est une tâche contraignante, elle implique une démarche particulière, une sorte de moonwalk de la pensée. Faire un pas en avant pour en effectuer deux en arrière, mener l'acte volontaire de regresser dans sa compréhension du monde. Peu de gens sont disposés à emprunter ce chemin. Pourtant, notre société gagnerait à désapprendre certaines choses..."
Que dit-t-il ? ou veut-il en venir ?
"(...) Exemple : La richesse. Ou plus exactement, les revenus d'une personne, d'un ami. Nous sommes à ce point habités par le souci de situer une personne et nous le faisons d'autant plus systématiquement que l'information relative aux revenus s'impose souvent comme la plus pertinente. Du coup, on demande, tantôt finemenent, tantôt abruptement. On dit " Et toi, tu bosses ou ? Tu habites Ou ? Tu t'entraînes Ou ? Le But étant de situer, la conjonction "Ou" est le point d'amorce essentiel de toute interrogation de ce type. Ou dîne tu ? Ou passe tu tes vacances ? Ou te soigne tu ? La mention du lieu n'est qu'un stratagème socialement admis pour enquêter sur les revenus d'une personne. La question " combien gagnes-tu ?" sonnant comme le grincement d'ongles acerés sur un tableau noir, nous contournons ce faux-pas en emperlant les "Ou" , D'ou t'as acheté ce pull", " Ou as tu déniché cette montre ?" ainsi de suite."
Attention Mehdi, à force d'enfoncer des portes ouvertes, tu risques dans quelques mintues de te poser cette question existentielle : " Mais ou est passé mon pote ?
" Et bien moi vois tu , je ne veux plus savoir. J'ai pris le parti de discuter avec des entités humaines non identifiées . Des fantômes si tu veux. Ne pas coller une identité économique sur un interlocuteur peut être une expérience violente car nous sommes à peu près tous adeptes d'une douce hypocrisie grégaire. Sous prétexte de ne pas heurter des sensibilités particulières, nous adapatons nos discours à notre entourage. Nous espèrons éviter de passer pour des rustres en éliminant le risque de parler de l'acquisition récente d'une BMW devant un smicard. Oui , telle est la justification qu'on donne à nos investigations du revenu. Or, mon incursion récente dans la sphère de l'ignorance sociale me prouve, que bien au contraire, plus on fait montre de spontanéité, plus on ouvre une fenêtre sur notre âme, sur ce qui nous définit réellement plus on a de chance d'instaurer de la connivence avec autrui."
Jai bien peur de ne pas comprendre. Serais-je à ce point embourbé dans la pensée unique qu'il m'est irrémédiablement impossible d'adhérer à un point de vue alternatif ? Pour ma part, je trouve qu'étant aux aguets en termes d'opportunités de progrès personnel, il ne me viendrait jamais à l'idée de renifler une personne sans jamais me la situer économiquement. Savoir ce qu'une personne possède est un raccourci pratique car, au lieu de s'égarer dans de la parlotte, on oriente efficacement la discussion, on en tire quelque chose, on avance vers un objectif.
" Et tu sais quoi, ma nouvelle approche, porte ses fruits. Je n'ai jamais eu autant d'amis, je ne me suis jamais ouvert sur autant d'opinions, mon expérience humaine s'est élargie considérablement. Cette ignorance que je m'impose me rend sympathique aux yeux des gens. Je ne les juge pas, ils essayent de faire de même."
Mais cette approche ne peut-elle pas te mettre en rapport avec des personnes complètement aux antipodes de ton appartenance socia...euh...intellectuelle. Si tu es devenu, comme tu l'affirmes, insensible à la disparité humaine, excuses moi, mais tu te donnes l'occasion de t'ennuyer jusqu'au dêgout car, si je te suis bien, tu n'es plus à l'abri d'une surprise et de ce fait, t'attabler avec un concierge te sera aussi aisé que le faire avec un journaliste, or le gouffre d'interet entre les deux est pour le moins considérable. Comment fais tu pour distinguer les deux ?
" Je ne distingue rien cher ami, là n'est pas mon but. Pour autant, je reconnais de la pertinence à ta question. Effectivement, le problème se pose quoique de façon strictement théorique en ce qui me concerne. Je n'ai jusqu'à présent jamais eu une conversation de plus de deux minutes avec un concierge, et il s'avère qu'il s'agit la plupart du temps de celui de mon immeuble. Le devoir d'ignorance que je m'impose n'est pas apte à m'acoquiner avec ces individus, dignes et respectables par ailleurs, là n'est pas mon propos, car vois-tu, j'ai trente ans, à mon âge, toute nouvelle rencontre n'est plus que le résultat d'une mise en rapport. Je m'explique. Demain, si nous prévoyons de nous rencontrer et que, tu arrives au rendez-vous accompagné d'un ami. Cet ami, tu l'auras selectionné selon des critères socio-éconoimiques, ceux là même que je réfute aujourd'hui, par conséquent, je n'aurais pas à craindre de me dévoyer en conversant avec un concierge ou un maçon, encore une fois, je réitère l'immense respect que j'ai pour ces métiers, je ne suis pas en train de porter des jugements de valeurs, je dis juste qu'effectivement, il y a de fortes chances que je puisse ne pas avoir beaucoup de choses à dire à un concierge, notre dialogue ne durerait pas plus de cinq minutes, c'est ainsi, les répères sont différents, les enjeux opposés, enfin bref, tu saisis le topo."
"(...) Pour en revenir à ta question. C'est simple. Le rôle d'intermédiare joué par mes amis existants, m'assure pour ainsi dire contre des situations rocambolesques du type, parler politique avec un commis en épicerie ou un serveur de café. Ces personnes, je le dis une enième fois, n'on rien de répréhensible, il me semble même parfois qu'on aurait beaucoup de choses à apprendre d'eux, hélas les mécanismes de pensée, les habitus ne sont pas les mêmes... "
En gros Mehdi, si je t'ai bien suivi, ta politique de l'ignorance ne t'as jamais mené en dehors des sentiers battus. Les gens que tu rencontrais avant sont ceux que tu rencontres encore aujourd'hui, à la différence qu'aujourd'hui, tu ne leur poses plus de questions. En fait, tu leur supposes la même appartenance sociale que toi sans t'embarasser de savoir s'il touchent plutot soixante mille dirhams ou vingt mille dirhams. Tu t'es affranchi de cette minuscule nuance sans pour autant t'émanciper des gens de ton rang. Quelle est donc la différence ? Quel enseignement peut on tirer de tout ça ?
" Bah.. vois tu ! Oh ce que tu peut être fatiguant à la fin. Tu m'as compris quand même. Pourquoi chercher la petite bête. Je...enfin... je fais ça pour ne plus juger, ne plus mépriser, donner à chacun la chance de devenir mon ami. Je ne veux plus me dire : Ah tiens Farid il amarre un yacht à Marina blanca, du coup, je vais me mettre debout pour le lui serrer la main... Enfin voila ce genre de trucs. Je ne veux plus écouter les récits de soirées loufoques de Meryem sous pretexte qu'elle conduit une Série 6... Enfin voila, C'est assez clair non ?"
Mouais si tu veux mais à mon avis c'ets une totale perte de temps ni plus ni moins, c'est un trip, au pire ,un moyen de se marrer un peu. Mais de là à y trouver un sens fondamental, d'en faire une philosophie et de m'empaqueter la chose dans l'emballage du mystère humain, genre " Je vais t'annoncer une vérité essentielle, tu ne t'en remettras pas !" non Mehdi, ça ne marche pas comme ça. J'avoue que t'es un mec super balèze mais comme tout le monde, tu accuses parfois des bides monumentaux et ton droit à l'ignorance en est un . Je me trompe ?
" Hum ! ( Grand sourire) Je t'aime bien toi, t'es pas bête. Hein que t'es pas bête ?..."
Bah si ! Un peu tout de même. |
| | Rédigé par Reda Dalil le Lundi 13 Juillet 2009 à 15:12 | Permalien | Commentaires (0) |
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