Jeudi 27 Mars 2008
|  | Lenin sur la colonisation espagnole au Maroc
- Bienfaits de la colonisation
| | Ibn Kafka
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L'indispensable bloggeur socialiste Lenin's Tomb , particulièrement attentif à tout ce qui touche, l'islam, le Moyen-Orient et le racisme, consacre pour la première fois me semble-t-il un billet au Maroc, et plus particulièrement à la colonisation espagnole du Maroc. L'entame du billet est pas mal: " Supposedly, when Franco was lying on his deathbed, he heard the noise of people gathered outside the window and asked his subordinates what was going on. "It is the people," he was told, "they have come to say goodbye." "Oh," he said, "where are they going?" ".
Dans la foulée d' Aimé Césaire et de Sven Lindqvist (auteur de " Exterminez toutes ces brutes "), le lien idéologique et fonctionnel entre colonialisme et fascisme/nazisme est souligné. Ce n'est pas là une constation révolutionnaire ou islamo-gauchiste: l'historien britannique Michael Burleigh , qui est plutôt très néo-conservateur , avait relevé la parenté dans sa récente et monumentale somme " The Third Reich: a New History ", en se fondant notamment sur des propos de Hitler déclarant s'inspirer de la colonisation britannique des Indes pour son " Drang nach Osten ", son Ostsiedlung et son Generalplan Ost . Même le spécialiste français d'histoire juive Georges Bensoussan, qu'on ne saurait taxer d'antisionisme outrancier, aborde ce lien dans les premières pages de son " Europe, une passion génocidaire. Essai d'histoire culturelle ".
Pour en revenir à Lenin's Tomb, qui s'inspire très largement de l'ouvrage de l'historien britannique Sebastian Balfour " Deadly Embrace: Morocco and the Road to the Spanish Civil War ", que je n'ai pas encore eu le temps de lire, certaines remarques ne valent pas seulement pour la colonisation espagnole du Maroc du début du XXeme - jugez-en:
" Spanish power in Morocco was initially the result of military penetration, on the one hand, and 'peaceful penetration', the injection of capital and particularly of mining capital in the north, on the other. Arising ten years after the defeat of Spain by the United States in Cuba and the Philippines in 1898, known then as the 'Disaster', and in the context of the 'Scramble for Africa', Spain's bid for a resumption of some world power status was frustrated by the manoeuvring of its imperial rivals, England and France in particular, and by the growth of a militant working class and an anti-military culture. Essentially, in negotiations with France in 1909, Spain was permitted a small 'sphere of influence' in the north of Morocco, dominated by the Rif, while France controlled the remainder. Later in 1912, they and the 'international community' agreed that the spheres should become Protectorates, and they awarded themselves the right to intervene militarily. On the face of it, they were committed to defending the rule of the Sultanate - it was pro-sovereignty imperialism - but in reality, the arrival of European troops and commerce both disrupted the delicate balance of tribal society and weakened the already limited grip of political elites. Although the commitment of troops to Morocco stirred mass public opposition, and even led to an anti-war strike in Barcelona when indigenous resistance against mining interests led to a military occupation to pacify the country, it encouraged conservative Catholic constituencies for whom the Reconquest against the Moorish infidel was still a worthy political goal. And, ironically, military disaster seemed to temporarily overcome public scepticism - both in 1909 and in 1921, when resistance inflicted harsh defeats on the Spanish troops, a temporary upsurge in militarism resulted. The political elite, mainly guided by 19th Century Liberalism, oscillated between the 'peaceful penetration' of the neo-colonial business lobby and the strident racialism and conquest policies of the colonial military, tending more and more toward the latter as the situation became more difficult ".
Et ceci sur la gauche républicaine espagnole, guère moins coloniale que les fascistes franquistes:
" The Spanish army undertook a stern enlistment drive among Moroccoans, but while the Nationalists made a careful pitch to the Moroccans, no such effort was made by the Republicans - who might have been expected to liberate the colonies in order to undercut Franco's base. They were so busy trying to put the French and British governments at ease that they could not possibly conceive of stimulating an anti-colonial revolt in the north of Africa. Instead, the Republicans used their airforce to drop shells indiscriminately on Moroccan towns. It should be said that the fascists had no intention of trying to recruit from the anti-colonial rebels, since they knew their chances were slim. The fascist General Mola instead ordered that anyone who had partaken in that rebellion should be arrested. The fascists recruited Moroccans on the basis that they should wage a Holy War for one of the world's great religions against atheists, Jews and Communists who were inherently anti-Muslim. Had the Republicans been anti-colonialists, this would have been exposed as a mirage: but they were not. In fact, the Regulares were used much as they had been in Morocco - to carry out the most dangerous, onerous work, while the Spanish commanders frequently watched from afar. The colonial methods of mass bombardment, repression, summary execution, torture and pacificatory 'total war' had been learned in Morocco and exported to Spain ".
Toute ressemblance avec des pays, des faits et des personnages contemporains etc... |
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Rédigé par Ibn Kafka le Jeudi 27 Mars 2008 à 22:48 | Permalien | Commentaires (18) |
Mardi 25 Mars 2008
|  | Retour sur l'affaire Bruno Guigue, sous-préfet révoqué pour lèse-sionisme
- Droit étranger et/ou international
| | Ibn Kafka
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Cette affaire a au moins eu ceci de positif de faire sortir de son hibernation Nidal de Loubnan ya Loubnan , qui y consacre un billet des plus complets, et qui place surtout la sanction contre Bruno Guigue dans le contexte de la campagne israëlienne contre le sommet onusien Durban II contre la racisme - je vous rappelle que l'article litigieux de Bruno Guigue, contributeur de longue date et sans se cacher d'Oumma.com, venait en réfutation d'une tribune dans Le Monde de défenseurs habituels du gouvernement israëlien. Bruno Guigue conteste aujourd'hui l'appelation " violemment anti-israëlien " accolée à son nom par quelques médias expéditifs - d'autres ressortent l'inévitable accusation d'antisémitisme. Des ONG pro-palestiniennes ont protesté avec vigueur
Quelques commentaires supplémentaires:
1- Il est bien évident que le devoir de réserve du fonctionnaire s'apprécie différemment en fonction des opinions qu'il profère - un islamophobe de caniveau comme Robert Redeker a dû à des menaces de mort alléguées des meetings de solidarité et les félicitations de son ministre de tutelle, tandis que l'enseignant d'histoire Louis Chagnon, ayant déclaré en classe que " Mahomet va se transformer en voleur et en assassin ", ne fût sanctionné que d'un blâme par le conseil de discipline compétent (le MRAP mit dès lors fin aux poursuites pour provocation à la haine raciale qu'il avait initiées - et Louis Chagnon perdit par la suite le procès en diffamation contre le MRAP, auquel il reprochait de l'avoir traité d'islamophobe).
2- Il résulte de l'article 6 de la loi française n°83-634 du 13 juillet 1983 modifiée portant droits et obligations des fonctionnaires que " la liberté d'opinion est garantie aux fonctionnaires ". Ladite loi - sur ce point aussi mal rédigée qu'une loi marocaine - mentionne le devoir de réserve au chapitre IV mais sans lui donner la moindre définition ni indiquer la sanction applicable à sa violation. La loi n°84-16 du 11 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat apporte quelques précisions quant au régime disciplinaire applicable aux fonctionnaires - on y apprend que le blâme qui fût appliqué à l'enseignant islamophobe Louis Chagnon fait partie du groupe 1, tandis que la révocation appliquée à l'anti-sioniste Bruno Guigue est la plus sévère et fait partie du groupe 4 (cf. article 66 de ladite loi).
Le décret n° 64-260 du 14 mars 1964 modifié portant statut des sous-préfets prévoit en outre, à l'article 17, la possibilité pour ceux-ci d'" être mis en disponibilité dans l'intérêt du service ; cette disponibilité ne peut excéder cinq années. Ils conservent dans cette position le bénéfice de leurs droits à pension et perçoivent en outre un traitement égal au moins au montant des retenues pour pension qu'ils doivent acquitter et au plus à la moitié de leur traitement d'activité ". Il est donc incontestable que toute une gamme de sanctions étaient à la disposition du ministre de l'intérieur avant de révoquer Bruno Guigue.
3- Il faut donc se reporter à la jurisprudence administrative en la matière, principalement celle émanant du Conseil d'Etat mais aussi celle des cours d'appel administrative. Une recherche dans la base de données Légifrance indique l'existence de 114 arrêts et jugements sous la rubrique "devoir de réserve". Je n'ai pas la prétention d'être un érudit en matière de droit français de la fonction publique, mais quelques observations sont néanmoins possibles.
Si l'on se cantonne aux décisions les plus récentes du Conseil d'Etat relatives à la violation de l'obligation de réserve, ont été avalisés un blâme contre un gendarme , la mutation d'office contre un chef de bureau d'une préfecture , la suspension de ses fonctions contre un brigadier-chef de la police nationale (1), la rétrogradation d'un inspecteur de police ayant formulé, dans un périodique syndical, " une critique violente de la politique suivie en différents domaines par le gouvernement et à la mise en cause en termes injurieux des autorités de l'Etat, comport [a] nt des incitations à l'indiscipline collective et [éta] nt donc de nature à compromettre le bon fonctionnement du service ", la révocation d'un fonctionnaire municipal ayant à se reprocher non seulement des " manquements répétés au devoir de réserve " mais aussi " à l'obligation de discrétion professionnelle, de plusieurs refus d'obéissance et du comportement malveillant et injurieux de ce fonctionnaire envers l'un de ses collègues ", l'exclusion temporaire pour deux ans d'un infirmier psychiatrique , mais uniquement parce que les violations de devoir de réserve, abusives, s'accompagnaient de " refus d'obéissance et de la violation du secret médical ", le déplacement d'office d'un géomètre s'étant rendu coupable d'" actes d'insubordination et d'indiscipline " ainsi que " de violations répétées de l'obligation d'obéissance hiérarchique ainsi que de l'obligation de réserve et de discrétion professionnelle " et enfin, pour clore cette longue liste, le déplacement d'office d'un contrôleur des postes ayant à deux reprises publiquement et gravement mis en cause le fonctionnement de son administration.
Par contre, un médecin vacataire a été valablement licencié - selon le Conseil d'Etat - notamment pour violation de son obligation de réserve, commise cependant sur courrier à en-tête adressé à des patients et contestant une décision administrative. Un instituteur ayant "" s'est vu valablement déplacé d'office à un poste non enseignant et refusé l'incription sur une liste d'aptitude. Un secrétaire de mairie ayant à de nombreuses occasions critiqué publiquement, et notamment par voie de tracts et d'articles de journaux polémique, son maire a également valablement pu être révoqué . La déchéance d'un magistrat pour une violation au devoir de réserve , en raison d'articles publiés dans un journal dont il était directeur de publication, est également avalisée. De même, le licenciement d'une chargée de mission aux droits de la femme auprès du préfet du territoire de Belfort a été avalisé, l'intéressée ayant publié deux communiqués critiquant la politique gouvernementale en la matière.
En sens opposé, un colonel de gendarmerie a vu la sanction bénigne lui ayant été infligée en raison de propos publics sur les mauvaises conditions de logement et piètres relations humaines au sein du corps de gendarmerie annulée .
Conclusion: la plupart des sanctions avalisées au niveau du Conseil d'Etat depuis une vingtaine d'années sont des sanctions moins graves que la révocation. Les anctions sévères avalisées - révocation, licenciement, déchéance - le sont à raison de violations du devoir de réserve mettant directement en cause soit l'administration, soit le gouvernement (français, et non pas israëlien, faut-il le préciser). Je n'ai pas cherché dans la jurisprudence antérieure si la révocation de Bruno Guigue avait des antécédents - c'est fort possible, mais il faut constater que la tendance contemporaine est à une certaine souplesse dans l'appréciation. Le cas Guigue semble aller à contre-courant.
4- Contrairement à la déclaration du préfet Jacques Reiller , supérieur direct de Bruno Guigue, il ne semble avoir aucun texte législatif ou réglementaire - même pas le décret n° 64-260 portant statut des sous-préfets - exigeant une autorisation hiérarchique préalable de l'autorité supérieure pour la publication d'un texte ne touchant pas aux fonctions officielles de Bruno Guigue, et ne faisant d'ailleurs aucune mention de son statut de sous-préfet. Mais je ne demande qu'à être mieux éclairé sur ce point.
5- Ne manquez pas le commentaire de l'excellente Esther Benbassa , " Fallait-il sacrifier le sous-préfet Bruno Guigue? ".
6- Vous pouvez par contre sauter les dispensables déblatérations racistes du député d'extrême-droite UMP Claude Goasguen , selon lesquelles le peuple palestinien serait un " peuple sauvage de terroristes ". C'est un récidiviste .
(1) Ceci pour avoir, " malgré divers rappels antérieurs de l'autorité hiérarchique d'avoir à respecter l'obligation de réserve, organisé dans son appartement en février 1994 le congrès constitutif d'un mouvement politique, puis tenu, au siège d'un autre mouvement politique aux options similaires aux siennes, une conférence de presse publique qui, rapportée dans la presse locale écrite et audio-visuelle a suscité sur le territoire des réactions vives - procédant notamment de sa qualité de gradé de la police nationale - et dont M. X... ne pouvait que prévoir l'éventualité ". |
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Rédigé par Ibn Kafka le Mardi 25 Mars 2008 à 22:19 | Permalien | Commentaires (17) |
Samedi 22 Mars 2008
|  | Au pays de la liberté d'expression, un sous-préfet est limogé pour crime de lèse-sionisme
- Actualité étrangère
| | Ibn Kafka
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Les défenseurs de la liberté d'expression en France, si nombreux pour défendre le commentateur sportif Alain Finkielkraut, les caricaturistes danois, la sociologue des banlieues Hélène Carrère d'Encausse , l'islamophobe obsessionnel Michel Houellebecq, le surhomme Georges Frêche et consorts, vont pouvoir se mobiliser à nouveau.
On apprend en effet que le sous-préfet Bruno Guigue_ , auteur notamment de " Proche-orient: la guerre des mots ", dans lequel il dénoncait la disqualification sémantique de la revendication palestinienne, vient d'être révoqué par la ministre de l'intérieur. La révocation, avec ou sans suspension des droits à la pension, est la sanction disciplinaire la plus lourde qui puisse être prise à l'encontre d'un fonctionnaire, tel que l'est un sous-préfet comme Bruno Guigue. Elle présuppose que soit établie une faut lourde dans le chef du fonctionnaire - on peut présumer qu'ici ce sera le manquement à son obligation de réserve qui lui sera reproché.
Il va de soi que jamais Bruno Guigue n'aurait été révoqué si ses idées étaient mieux en cour - par exemple s'il avait joint son nom à ceux des signataires de l'appel dans Le Monde (" L'ONU contre les droits de l'homme ") que sa tribune - intitulée " Quand le lobby pro-israélien se déchaîne contre l’ONU " - sur Oumma.com critiquait pour leur aveuglement pro-israëlien. Si on veut considérer que le texte de Bruno Guigue est excessif et outrepasse son devoir de réserve (ce n'est pas mon cas), force est de constater que l'appel paru dans Le Monde est du même tonneau.
Il fallut néanmoins 9 jours de campagne sur les sites et médias communautaires pour que sa révocation soit décidée, le 22 mars.
Désolé de gâcher le suspense, mais ni Pascal Bruckner ni Philippe Val ni Pierre Assouline ne soutiendront ce courageux combattant de la liberté d'expression - il s'est sans doute trompé de cible, le malheureux! |
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Rédigé par Ibn Kafka le Samedi 22 Mars 2008 à 23:39 | Permalien | Commentaires (14) |
Vendredi 21 Mars 2008
|  | Le nouveau blog de Gilles Kepel
- Actualité étrangère
| | Ibn Kafka
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Le politologue (j'aime pas ce mot, mais je n'en vois pas de synonyme en français) Gilles Kepel a ouvert un site , et un blog, suite à la parution de son dernier livre, " Terreur et martyre ". Je ne suis pas vraiment un fan: si " Le Prophète et Pharaon " était fascinant, " Fitna " m'est tombé des mains, ayant tout d'un de ces fascicules de préparation des révisions pour étudiants à l' IEP . Je tiens d'une amie, politologue française, que Gilles Kepel aurait formulé l'ambition d'être le " Bernard Lewis " français. En tout cas, il est très proche des pouvoirs politiques successifs, et avait donné un gage à l'orthodoxie intellectuelle et politique en se faisant le très zélé défenseur de l'interdiction du voile à l'école lors de sa prestation en tant que membre de la commission Stasi . Depuis, il est l'attaché de presse du prétendu " modèle français d'intégration ", qui n'a de modèle que la place qu'il occupe dans l'idéologie républicaine française .
A découvrir donc, en ayant cependant en tête ses partis pris. |
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Rédigé par Ibn Kafka le Vendredi 21 Mars 2008 à 00:20 | Permalien | Commentaires (14) |
Mercredi 19 Mars 2008
|  | Faire condamner, puis grâcier
- Droit marocain
| | Ibn Kafka
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Comme vous le savez tous, le prisonnier d'opinion Fouad Mourtada , emprisonné pour trois ans pour avoir créé un profil Facebook au nom de Moulay Rachid, a été grâcié hier à l'occasion de la grâce collective de rigueur avant le Mawlid annaboui.
Voici le communiqué de son comité de soutien:
" Le soir du 18 Mars 2008, Fouad a été libéré de la prison Oukacha par une grâce royale. Nous sommes très heureux, et nous tenons à vous remercier tous pour votre soutien continu. Nous tenons à remercier Sa Majesté le Roi Mohamed VI, ainsi que toute la Famille Royale, que Dieu les garde. Il n’y a pas de sentiment qui se compare à celui de voir un homme innocent reprendre sa liberté! "
Je partage ce soulagement et cette joie.
Quelques remarques cependant:
1- La grâce n'efface pas l'infraction, mais seulement, en tout ou en partie, la sanction. En l'occurence, c'est d'une grâce partielle dont il s'agit puisque Fouad Mourtada fût emprisonné et privé de liberté pendant 43 jours. Sa condamnation demeure, notamment dans son casier judiciaire, avec les conséquences que cela implique automatiquement en droit marocain - pour commencer, la fonction publique et les marchés publics lui sont désormais interdits.
2- S'agissant d'une grâce, il ne s'agit en aucun cas d'une réhabilitation ou d'un effacement de sa condamnation. Il ne peut prétendre à aucune indemnisation pour cette dernière ni pour l'incarcération qu'il a dû subir. Il peut par contre intenter des poursuites, pénales ou civiles, contre les fonctionnaires de police qui lui auraient fait subir des mauvais traitements lors de son arrestation. Une condamnation inique a été prononcée, la sanction tout aussi inique a été partiellement effacée - personne ne rendra à Fouad Mourtada les 43 jours de liberté qui lui ont été volées - et la condamnation demeure, toujours aussi inique.
3- La grâce n'empêche pas Fouad Mourtada de maintenir l'appel déjà initié contre sa condamnation - en effet, s'il est libéré, la stigmate juridique d'une condamnation lui fait toujours grief et il est en droit de maintenir son appel. Ceci étant, il peut également choisir de se désister, en fonction de fort compréhensibles considérations personnelles et familiales.
4- La condamnation n'ayant pas été effacée, le raisonnement juridique l'ayant sous-tendu garde une certaine actualité pour le reste de la population marocaine, du moins celle qui a le temps et les moyens de surfer sur Internet. Certes, l'autorité du tribunal de première instance de Casablanca n'est pas celle de la Cour d'appel de Casablanca ou de la Cour suprême, mais voilà en tout cas un précédent dangereux qui demeure. Dès lors, celui qui créé un site, blog, compte Hotmail ou profil Facebook portant le nom d'une personne physique ou morale autre que lui-même pourra être poursuivi au titre de l'article 607-7 du Code pénal sanctionnant la falsification de données informatiques - j'ai déjà écrit auparavant que cette incrimination n'avait pas vocation à s'appliquer à ces cas de figure, mais la justice (1) marocaine à l'indépendance légendaire en a décidé autrement.
5- Il convient de préciser le cadre juridique du droit de grâce en droit marocain. L'article 34 de la Constitution dispose simplement que " le Roi exerce le droit de grâce ". Le Roi était donc parfaitement dans son droit en prononcant la grâce.
Le dahir du 16 rejeb 1377 (6 février 1958) relatif aux grâces en précise les modalités. L'article premier précise que " la grâce soumise à la décision de Notre Majesté, peut être accordée soit avant la mise en mouvement ou au cours de l'exercice de l'action publique, soit après une condamnation devenue irrévocable ". Quant à ses effets, ils sont partiellement précisés à l'article 2: " lorsque la grâce intervient avant l'ouverture ou au cours des poursuites, elle a pour effet, suivant le cas, de mettre obstacle à l'exercice de l'action publique ou d'en arrêter le cours à tous les stades de la procédure, même devant la Cour suprême ". L'action publique, ce sont les poursuites contre un justiciable initiées par le ministère public (le procureur du Roi). On voit cependant que seule l'action publique est inhibée par la grâce, et que rien n'empêche explicitement que soit poursuivi l'appel du condamné contre une condamnation, même si une grâce a mis fin à la peine prononcée par ladite condamnation. Je ne sais pas quelle est la position de la jurisprudence là-dessus - si quelqu'un peut éclairer ma lanterne...
Enfin, la grâce peut être accordée en dehors de toute demande de l'interessé - voir l'article 8 alinéa 2 du dahir: " les grâces individuelles sont accordées soit de propre mouvement, soit sur la demande du condamné, de ses parents ou amis, du ministère public ou de l'administration pénitentiaire ". Mais il semblerait en l'occurence, à en croire les déclarations de Me Ali Amar, avocat de Fouad Mourtada, au quotidien Le Soir du 20 mars, qu'il s'agisse d'une mesure de grâce s'inscrivant dans le cadre des grâces collectives prévues au même article (alinéa 1): " les grâces collectives sont accordées à l'occasion des fêtes de l'Aïd-es-Seghir, de l'Aïd-el-Kebir, du Mouloud et de la fête du Trône ". Ces grâces collectives font l'objet d'un examen par la Commission des grâces présidée par le ministre de la justice et instituée par l'article 9 du dahir, et qui se réunit notamment à l'occasion du Mouloud (article 11). Rien n'indique, pour ces grâces collectives, par qui elles doivent être demandées - le condamné ou l'administration de la justice. L'article 12 précise seulement que " la commission examine les requêtes ou propositions qui lui sont transmises en s'entourant de tous renseignements utiles, elle émet un avis qui est adressé au cabinet royal pour être statué ce qu'il appartiendra par Notre Majesté chérifienne ". La marge de manoeuvre royale est donc très grande pour ne pas dire totale en la matière, puisqu'il n'est même pas lié par les avis de la Commission des grâces. Rien ne permet donc de dire que ladite grâce aurait enfreint une quelconque régle constitutionnelle ou légale.
Conclusion: l'objectif immédiat, la liberté pour le prisonnier d'opinion Fouad Mourtada, est atteint. Les objectifs intermédiaires - son acquittement et l'effacement de la condamnation, puis la réparation pour le préjudice subi - ne le sont pas encore. Et les objectifs généraux - la lutte contre l'emprisonnement pour délit d'opinion - Mohamed Bougrine et deux compagnons d'infortune sont toujours derrière les barreaux - et pour l'indépendance et l'impartialité de la justice, sont très loin de l'être.
(1) On parle dans les manuels de droit pénal de la magistrature debout (procureurs) et de la magistrature assise (juges) - le cas hélas trop fréquent de la magistrature couchée n'est passez étudié. |
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Rédigé par Ibn Kafka le Mercredi 19 Mars 2008 à 23:21 | Permalien | Commentaires (17) |
Mardi 18 Mars 2008
|  | 'Boualem Sansal et Mohamed Chérif Abbas forment désormais un duo à appeler à durer'
- Actualité étrangère
| | Ibn Kafka
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On ne lit pas assez la presse algérienne au Maroc - non, je ne compte pas parler des récurrentes commandes téléguidées par " the powers that be " contre le Maroc, mais d'un autre journaliste algérien que j'apprécie - Abed Charef , auteur d'une bonne chronique des premières années de la récente guerre civile algérienne - " Algérie, autopsie d'un massacre " (1). Dans sa dernière chronique dans le Quotidien d'Oran, il revient sur le boycott du Salon du livre de Paris , qui avait jugé important de célébrer Israël en ce soixantième anniversaire de cet Etat, créé sur les vestiges de la nation palestinienne, colonisée depuis.
Il revient particulièrement sur les positions diamétralement opposées de Boualem Sansal (il y a quelques temps que je souhaitais parler de cet energumène), écrivain algérien en France, et de Mohamed Chérif Abbas, ministre des Moudjahidine là-bas, par rapport au boycott du Salon du Livre.
Tout d'abord, Boualem Sansal:
" Le premier, écrivain à succès, a découvert un fond de nazisme dans la violence qui domine la gestion des relations sociales au sein de la société algérienne. Du mouvement national, qui aurait offert le refuge à des anciens SS et autres officiers de la Wehrmacht, à la violence des années 1990, qui aurait elle aussi des racines dans une volonté de purification, Boualem Sansal a tissé un roman qui l’a définitivement introduit dans un autre monde politique et culturel. Il fréquente philosophes et grands penseurs, il a droit à des articles dans des revues prestigieuses, et il est très à la mode dans des milieux naguère considérés dans le monde arabe comme sionistes ".
Ensuite, Mohamed Chérif Abbas, ministre antisémite non-repenti:
" De son côté, Mohamed Chérif Abbas, ministre des Moudjahidine, constitue une sorte de preuve que Sansal a raison. Ses propos, tenus à la veille de la visite de Nicolas Sarkozy en décembre dernier à Alger, lui ont assuré la célébrité. L’Algérie, anti-juive et raciste, décrite par l’écrivain, est là, dans les propos du ministre. L’intolérance de la société algérienne, et par extension celle de la société arabe et musulmane, est publique et officielle. Impossible de l’occulter. La déclaration de M. Mohamed Chérif Abbas a fait le tour du monde, grâce notamment à l’internet. Elle est désormais sur la célèbre encyclopédie en ligne Wikipédia.
Que disait exactement M. Mohamed Chérif Abbas dans cette fameuse interview à un quotidien algérien ? Ceci : « Vous connaissez les origines du président français et les parties qui l’ont amené au pouvoir. Saviez-vous que les autorités israéliennes avaient mis en circulation un timbre à l’effigie de Nicolas Sarkozy, en pleine campagne électorale ? Le gouvernement d’ouverture que dirige M. Sarkozy, qui a vu plusieurs personnalités de gauche rejoindre un gouvernement de droite, soulève plusieurs interrogations, comme pourquoi Bernard Kouchner a décidé de sauter le pas. Cela ne s’est pas fait pour des croyances personnelles. Ceci était le résultat d’un mouvement qui reflète l’avis des véritables architectes de l’arrivée de Sarkozy au pouvoir, le lobby juif qui a le monopole de l’industrie en France ». Comme dans un mauvais feuilleton, M. Mohamed Chérif Abbas avait contraint le Président Abdelaziz Bouteflika à téléphoner à Nicolas Sarkozy pour présenter ce qui s’apparente à des excuses. Les adversaires du ministre l’avaient violemment attaqué, et Bernard Kouchner l’avait publiquement humilié. Ses propres amis, ceux qui étaient eux aussi convaincus que Nicolas Sarkozy est effectivement un produit du lobby juif, avaient amicalement reproché au ministre ses propos, estimant que toute vérité n’est pas bonne à dire ".
Abed Charef embraye ensuite sur la question du boycott:
" Survient alors la question du boycott. M. Mohamed Chérif Abbas ne se rendra évidemment pas au Salon du livre de Paris. Tout comme les écrivains et éditeurs de la plupart des pays arabes. Ceux-ci ont avancé des arguments de plusieurs types : non-reconnaissance pure et simple d’Israël, refus d’une manifestation glorifiant les écrivains d’un pays qui continue le massacre en Palestine, absence des écrivains palestiniens vivant en Israël, etc. Les argumentaires sont très variés, et le célèbre Tarik Ramadhan s’y est mêlé à son tour, appuyant le boycott du Salon du livre de Paris et celui de Turin, en Italie. Arguments religieux ? Non, philosophiques, dit-il. Il a précisé qu’il ne conteste pas l’existence d’Israël, ni son droit d’avoir une littérature, mais soutient que le boycott est une décision légitime.
Cet apport en faveur des partisans du boycott n’a pas changé le rapport de forces. Les amis d’Israël restent surpuissants, avec une force de frappe redoutable. Quand Israël fait la guerre, les généraux prennent les leviers. Mais quand Israël fait de la culture, les pacifistes prennent le relais. C’est David Chemla, le président de l’association « La Paix maintenant », un véritable label pour les pacifistes du monde entier, qui a été choisi pour répondre à Tarik Ramadhan . Le boycott, lui dit-il, est un non-sens. Et il accuse Tarik Ramadhan de dénier à Israël « le droit à un territoire, le droit à une langue et à une identité ».
Que restera-t-il du duo constitué par Mohamed Chérif Abbas et Boualem Sansal ? Le premier a eu droit à un traitement très dur, mais une partie des Algériens le considèrent comme leur porte-parole. Le second est considéré comme un révisionniste au sud de la Méditerranée, comme un homme éclairé au nord de la Méditerranée. Chacun a fait son choix. Cela ne veut pas dire qu’un choix est toujours respectable. Faire l’histoire ne signifie pas forcément qu’on écrira les livres d’histoire. Inversement, écrire des livres ne signifie pas qu’on fait l’histoire ".
Je vous le disais, certains titres algériens valent le détour...
PS: Je n'oublie pas notre Mouna Hachim nationale, dont la dernière chronique est consacrée - entre autres - à l'application par le Gabon du principe de réciprocité en matière d'expulsion de Français en situation irrégulière.
(1) Je vous conseille d'ailleurs la lecture de l'étude " WANTON AND SENSELESS? THE LOGIC OF MASSACRES IN ALGERIA " de Stathis N. Kalyvas . Vous trouverez d'ailleurs une foule de documents et d'études passionnants sur le site du tribunal permanent des peuples consacré à la guerre civile algérienne . |
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Rédigé par Ibn Kafka le Mardi 18 Mars 2008 à 18:55 | Permalien | Commentaires (7) |
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